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Que, parmi les Héros de ta race immortelle,
Louis douze, 9) à ton coeur, ferve en tout de mo-

dele;

Qu' écrit en lettres d'or, dans les faftes des Cieux,
Son regne, pour jamais, foit préfent à tes yeux;
Des flatteurs, comme lui, redoute l'artifice;
Que près de toi, la paix marche avec la juftice;
Sous le poids accablant des fubfides affreux,
Hélas, n'écrafe point tes peuples malheureux;
Que dans tous tes confeils la fageffe préfide;
Qu'en ton ame toujours l'humanité réfide.
Que dis-je, cher amant, excufe mon erreur;
Quelle eft donc ia vertu qui n'eft point dans ton
coeur?

Hélas! je m'en fouviens, quand déployant fes ailes,
La mort couvroit Paris de les ombres cruelles;
Quand, tout fouillé de fang, un peuple factieux
Sur des morts entaffés croyoit monter aux Cieux;
Quand, le Christ à la main, nos Prêtres fanguinai

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Excitoient les enfants à maffacrer leurs peres:
O Paris, difois-tu, les yeux baignés de pleurs,
Je ne puis à préfent que plaindre tes malheurs;
Mais fi jamais le Ciel, 10) trompant mon efperan-

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ce,

„Fait tomber dans mes mains le Sceptre de la Fran

ce,

Si du Maître des Rois l'immortelle clarté

" Fait, du fein de l'erreur, fortir la vérité,

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"

"Peuple, que je cheris, ô François, ô mes Freres.
Qu'avec plaifir ma main finira vos miferes!
Ah! combien votre fang me fera précieux!
Vous que l'erreur conduit, Prêtres féditieux,
Coupables proteftans, Catholiques rebelles,
Sous un Roi réunis vous feriez tous fideles.

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P 4

9) Louis XII. furnommé le Pere du Peuple.

,,Dans

10) Lors du maffacre de la Saint Barthelmi; Henri IV Roi de Navarra, ne pouvoit point espérer de monter sur le Trône de la France.

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Blin de Sains, Dans les utiles jours d'une éternelle paix, niore. J'enchaînerai vos coeurs par le noeud des bien

faits."

BARBARES partifans des maximes iniques;
O vous, Rois orgueilleux, vous, Princes tyranni
ques,

Qui, fignalant vos jours par de fanglans projets,
Sous un fceptre de fer accablez vos Sujets,
Venez, jettez les yeux fur cet Empire immenfe,
Voyez y ce Monarque; il tient par fa clémence
Tous les coeurs de fon Peuple enchaînés fous fes
lois;

L'orgueil fait les Tyrans, la bonté fait les Rois.

La bonté des Bourbons n'eft point cette foi-
bleffe

Qui, fille de la crainte, et foeur de la molleffe,
Céde par indolence, ou fuit par lâcheté,
Et qu'on brave toujours avec impunité.
C'est cette fermeté, c'eft cette audace heureuse,
Qui, quelquefois févere, et toujours généreuse,
Soulage d'une main les maux que l'autre a faits;
Qui ne fait fe venger qu'a force de bienfaits;
Qui, lorsque fa victime à fes coups s'abandonne,
Au lieu de l'ecrafer, s'attendrit et pardonne.
O France! c'est ainfi que, te voyant périr,
Henri, par fa clémence, a fû te conquérir..
Ainfi, lâche Biron, à ta perfide audace 11)
Ce Prince, qui t'aimoit, offrit cent fois la grace:
Mais ton orgueil força ce Roi défefpéré

A te rendre au tombeau dont il t'avoit tiré.

O Toi,

11) Biron confpira contre Henri IV. qui lui avoit fauve sa vie a Fontaine-Françoise, et fût damné à être décapité, malgré le Roi qui vouloit lui pardonner. On sait combien les Defcendans de cette illuftre Maison ont réparé fon crime, tant par les fervices qu'ils ont rendus à la France, que par l'attachement qu'ils ont toujours eu depuis pour leurs Rois.

O Toi, dont la fageffe éternelle et profonde
Fait rentrer au néant les puiffances du monde,
Augufte Protecteur des Peuples et des Rois,
Grand Dieu, du haut des Cieux, entends ma foible

voix:

Par ma bouche, aujourd'hui, tout un Peuple t'im-
plore:

Daigne abaiffer les yeux fur un Roi qui t'adore.
Si tu prévois qu'un jour un Sujet inhumain,
Dans un fang auffi cher ole tremper fa main,
Que ce monftre, étouffé dans le fein de la mere,
Jamais de fes regards ne fouille la lumiere;
Qu'il foit, s'il voit le jour, livré dans ce moment,
Avant d'être coupable, au plus affreux tourment:/
Que fon corps, déchiré par ta main vengeresse,
Renaiffe à chaque inftant, pour expirer fans ceffe:
Et qu'enfin, fur la terre il foit l'oppobre affreux
Des plus vils fcélérats de nos derniers ayeux!

Cher Prince, cher Amant, la mort la plus bar

bare,

Quand l'amour nous unit, pour jamais nous fépa

.re.

Pour jamais... jufte Ciel; je ne te verrai plus!
Sufpendez un moment vos décrets abfolus;
Inflexible Deftin, puiffant Dieu que j'implore,
Permettez à mes yeux de le revoir encore.

Alors, qu'un foin preffant t'arracha de ce
lieu,

Je ne crus point te dire un éternel adieu.

Hélas! nos coeurs, feduits d'une vaine apparence,
S'abandonnoient fans crainte à la douce efpéran-

ce

De nous revoir bientot réunis par l'amour:
Nous fupportions l'abfence en faveur du retour,
Ah! fi de l'avenir mon fonge eft le préfage,
Si des maux que je crains, il m'offre ainfi l'image,
Oui, dans ce même inftant, qui me glace d'effroi,
Du nombre des vivans, mon Dieu, retranchez - moi.

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Blin deSain niore.

BlindeSain: Mais fi ce fonge affreux n'eft qu'un fonge ordi

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D'un efprit effrayé fantôme imaginaire,

Qui, né dans le fommeil, fe diffipe avec lui,

O mort! fufpends tes coups, et permets aujourd'hui

Que, funefte témoin de ces triftes orages

Qui long-temps des François ont troublé les rivages,

Je le fois des beaux jours qui vont briller fur

eux.

Cher Amant, fi le Ciel daigne exaucer mes

voeux,

Si j'en crois aifément ce que mon coeur inspire,
Tranquille poffeffeur du plus heureux Empire,
Bientôt tu vas, bravant le fort et les revers,
Adoré de ton Peuple et craint de l'Univers,
Terraffer fous tes pieds la Ligue frémiffante.
La France, par tes foins paifible et floriffante,
Verra, fur les deux mers, flotter fes pavillons.
Les épis orgueilleux vont couvrir nos fillons:
Les Arts vont déployer leur fublime génie :
Les Mufes, jufque'aux Cieux, vont porter l'harmo-
nie;

Et l'Europe admirant ton regne et tes vertus,
Verra revivre en toi, Jule, Augufte et Titus.
Peut-être, par des chants, verrons nous un Or
phée

Elever à ta gloire un fuperbe trophée;

Et Paris, étonné de la vafte grandeur,

Pourra, de Rome un jour, égaler la fplendeur.
Qu'en te voyant heureux, j'expirerois conten-

te!

Mais le Ciel prend plaifir à tromper mon at

tente.

Puiffe ce Dieu fuprême, Arbitre des nos jours,
A tes heureux deftins accorder un long cours,
Verfer fur tes Etats tous les bienfaits enfemble,
Et donner à nos fils un Roi qui te ressemble!

MAIS C'en eft fait la force abandonne mes Blin deSain

fens:

Je fuccombe, ô mon Dieu, fous les maux que je

fens.

Adieu; ma plume échappe, et la mort qui m'ap-
pelle,

S'apprête à m'enfermer fous la tombe éternelle.
Adieu: que mon trépas n'excite point tes pleurs,
Henri, mon cher Henri, je t'embraffe

meurs.

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je

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