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La harpe.

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De la Harpe.

Die Heroiden waren die ersten Gedichte, wodurch sich dieser, noch lebende, Schriftsteller dem Publikum ankündigs te. Es sind ihrer vier: Montézume à Cortès; Caton à Cefar; Annibal à Flaminius; Socrate à fes Amis; die zuerst oh ne Vorwissen des Verf. 1759 unter der Aufschrift: Heroides Nouvelles, gedruckt, hernach aber von ihm selbst, und vers Bessert, in seinen Melanges Litteraires, Par. 1765. 8. herauss gegeben wurden, und nun auch im zweiten Bande der Ausgabe seiner sämtlichen Werke (Par. 1779. 6 Voll. 8.) befindlich find. Der vorausgehende Essai sur l'Héroide beschäfftigt fich vornehmlich mit der Beurtheilung der Heldenbriefe Ovid's, und enthält wenig neue oder gründliche Bemerkungen, ausser etwa der, daß man bisher bloß die Leidenschaft der Liebe zum Gegenstande dieser Dichtungsart gewählt, und Darüber viele andre interessante Situationen unbenußt gelass fen habe. Uebrigens darf ich es als sehr bekannt voraus fegen, daß Montezuma zu Mexiko regierte, als es von den Spaniern, unter Anführung des Cortez, erobert wurde, und daß diese viele Grausamkeiten und Unterdrückungen an den Mexikanern verübten, deren Triebfeder bloß die Habs fucht, nicht aber der vorgebliche Eifer für die Verbreitung des Christenthums war.

Uebrigens mag es an den hier gelieferten Proben frans sdfischer Heroiden genug seyn, die sich leicht durch mehrere ahnliche Stücke von Dourrigne', Pezay, Costard, Pars mentier, Barthe, Mercier, u. a. m. vermehren liessen. Viele darunter erregen jezt noch die Aufmerksamkeit des Kenners nicht sowohl durch ihren innern Werth, als durch die Verzierung mit saubern Kupfern und Vignetten, womit man, bei den erften und einzelnen Abdrücken der meisten, sehr verschwenderisch war. Dieß veranlasste folgendes Epis

gramm eines ungenannten:

Lorsque j'admire ces Eftampes,
Ces Vignettes, ces Culs - de - Lampes,
Je crois voir en toi, pauvre Auteur,
(Pardonne à mon humeur trop franche!)
Un malheureux navigateur,

Qui fe fauve de planche en planche.

MON

La Harpe.,

MONTEZUME à CORTES.

Enfin de tes forfaits tu recueilles le fruit:
Tu regnes, je fuccombe, et mon trone eft détruit,
Ah! je l'ai merité, ma foibleffe eft mon crime,
J'ai fouffert tes fureurs, et j'en fuis la victime.
Je meurs, et mes Sujets ont immolé leur Roi.
J'aurois dû les venger.... Barbare, réponds - moi:
Ai-je été te chercher fous un autre hémilphere?
Chez tes Européens ai-je porté la guerre?
Ai-je connu ton nom, ton Prince, tes climats ?
Quel finiftre Démon guida vers nous tes pas,
Et d'un art meurtrier t'enfeigna les preftiges?
La Frayeur à nos yeux changea tout en prodiges.
Ces fardeaux de la mer, édifices flottans,
Soutenus fur l'abîme, et guidés par les vents;
Ces monftres enflammés d'une fureur guerriere,
Portant avec orgueil les Maîtres de la terre;
Ce fer, métal affreux, qui commande aux humains;
La foudre, à votre gré le formant dans vos mains,
Tout annonçoit en vous, à cet afpect terrible,
De la Divinité le pouvoir invincible.

Le Mexique à vos pieds tomboit épouvanté.
Moi-même, de mon rang oubliant la fierté,
Moi, révéré des miens comme un Dieu tutelaire,
J'abaiffai devant vous cette grandeur altiere,
Je foumis ma couronne à vos ordres facrés.
Je crus que, fatisfaits de vous voir adorés,
Vous daigneriez du moins, dans une paix profonde,
Recevoir le tribut que vous devoit le Monde.
Barbares Efpagnols! ce peuple généreux,

S'il n'eût vu des Tyrans, vous auroit cru des Dieux:
Quelle étoit notre erreur! malheureux que nous
fommes!

Ah! n'eft-ce qu'aux forfaits qu'on reconnoit les hommes?

Quel fatal fouvenir vient déchirer mon coeur!

Ftranger infolent, quoi! pour comble d'horreur,

La Harpe., A l'inhumanité joignant encor l'outrage,
Tu m'ofes, dans mon Cour, ordonner l'efclavage,
Tu m'apportes des fers! De fa honte étonné,
Ce Monde, avec frayeur, voit fon Maître enchainé.
De quel droit chargeois - tu d'un lien tyrannique
Cette main qui portoit le fceptre du Mexique?
Eft-il dans l'Univers un climat abhorré,
Où le fceptre des Rois ne foit point révére?
De la force et du fer le droit impitoyable
'Peut-il anéantir ce titre refpectable?
Il eft ici facré: loin de nous dedaigner,
Il étoit des vertus, qu'on pouvoit t'enseigner.
Lâches Européens, fiers du pouvoir de nuire;
Qui poffédez le fer, et qui favez détruire,
Trahiffez-vous encor? d'infâmes, affaffins
Immolent mes Sujets au milieu des feftins:
Enivrés de carnage et de liqueurs brûlantes,
L'or tout fouillé de fang brille en leurs mains fu-

mantes.

Contre la foudre, hélas! que pourroit la valeur ?
Arrêtez, Mexicains, une aveugle fureur.
Sans cefle contre vous le tonnerre s'allume;
Laiffez-moi des Sujets qui pleurent Montézume,
Et n'allez plus chercher dans ces affreux combats
Le funefte plaifir de braver le trépas.

Déja le mien s'approche, et je le vois fans crainte,
Votre main m'a frappé d'une mortelle atteinte.
Je vous pardonne, hélas! et je pleure fur vous.
Je ne vois que vos maux en tombant fous vos coups.
Quel fpectacle effrayant vient s'offrir à ma vue !
Sur mes derniers inftans quelle horreur répandue!
Séjour de tant de Rois, lambris enfanglantés,
Palais de mes ayeux fi long temps relpectés,
Lieux où je vois régner un ennemi barbare,
Où triomphe Cortes, où ma mort fe prépare;
Vous qui ne m'offrez plus que mes Sujets mourrans,
En tombant fur ma tête, écrafez nos tyrans.
O gloire du Mexique! ô puiffance abaiffée!
Splendeur de cet Empire en un jour éclipfée!
Malheureux Méxicains! je vous laiffe des fers,
Et le deuil de la mort couvre cet Univers.

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Il vous faut donc choifir la honte ou les fupplices. La harpe..
Vous fervez du vainqueur les orgueilleux caprices.
Vos jours font dans les mains; vos périls, vos tra-

vaux

Enrichiffent un peuple artifan de vos maux.

Tyrans, quel eft leur crime, et quel droit eft le vô

tre?

Ce Monde eft-il l'opprobre et l'efclave de l'autre ?
Non; vous n'eûtes jamais, barbres déftructeurs,
Que les droits des brigands, le fer et vos fureurs,
Et vous n'avez fur nous que le trifte avantage
D'avoir approfondi l'art affreux du carnage.
Et vous ofez encor nous vanter votre Dieu!
Et quel eft-il? ô Ciel! en quel fauvage lieu
Ce Génie annoncé par de langlans ravages,
Ce Dieu des Espagnols, trouve-t-il des hommages?
Ou vous n'en avez point, ou votre Dieu, cruels!
C'est l'or de ces climats teint du fang des mortels.
Que parlez-vous d'Enfer, de Ciel et de juftice?
L'Enfer eft dans ces feux qu'un fatal artifice
Sait créer pour vous feuls, et fait tomber fur nous;
Et le Ciel eft par tout où l'on eft loin de vous.
Va, laiffe-moi, Cortès, ceffe de te promettre
Qu'à ta religion tu puiffes me foumettre.
Autant que tes fureurs, je détefte ta loi,
Et le Dieu des Tyrans eft un monftre pour moi.
Ah! j'invoque aujourd'hui, non cette vile idole
A qui l'on proftitue un hommage frivole,
Ce fantôme adoré par d'aveugles mortels,
Et qui laiffe écrafer mon trone et fes autels:
Non ce Dieu du Carnage et de la Tyrannie
Qui te prêta fa foudre, et fervit ta furie ;~

Mais cet ètre puiffant, ce Dieu de l'avenir,
Ce Dieu que je conçois, fans l'ofer définir,
Lui dont le malheureux, au fein de l'innocence,
Embraffe avec plaifir, et chérit l'existence.
Ce Juge redoutable à qui l'ofe outrager,
Cet être, quel qu'il foit, eft fait pour ne venger.

Toi donc, ô Dieu des Cieux! ô toi dont la puiffance
Des deftins et des temps conduit la chaîne immenfe,

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La Harpe. Toi qui vois du même oeil tous ces êtres divers,
Difperfés aux deux bouts de ce vafte Univers;
N'as-tu près de ce Monde, où je régnois fans crainte,
Creufé de tant de mers limpénétrable enceinte,
Qu'afin que des brigands, de rapine altérés,
Forçaffent ces remparts par tes mains préparés?
Du moins entends ma plainte et mes cris légitimes;
Venge-toi, venge-nous: que nos brillans abîmes
Entr'ouvrent des tombeaux fous ces monftres per-

vers;

Qu'en cherchant les tréfors, ils trouvent les enfers;
Que la mer, dont leur art croit dompter les caprices,
Engloutifle avec eux leur frêles édifices;

Ou, s'il faut qu'en Europe ils retournent jamais,
Puiffe l'or de ces lieux y porter les forfaits;
Puiffe-t-il y femer, pour leur jufte fupplice,
Tous les fruits déteftés que produit l'avarice;
Les defirs effrenés, la pâle avidité,

La difcorde, la haine et l'infidélité.
Que d'autres Nations, par l'éfpoir attirées,
Viennent leur difputer ces fatales contrées;
Que ce Monde, couvert de leurs drapeaux flottans,
S'abreuve avec plaifir du fang de fes tyrans.
Que Cortès, des Deftins éprouvant l'inconftance,
Pleure de fes exploits la trifte récompenfe.
Voila le feul efpoir qui flatte mes douleurs.
Oui, je ferai vengé... Je l'efpere.... Je meurs.

Pope.

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