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ler à la cour d'appel depuis 1810, il en sit encore partie en 1814; mis à la retraite après la seconde rentrée du roi, il conserva le titre de conseiller honoraire. Condamné à la vie privée dans la force de l'âge et du talent, M. Bourguignon s'est appliqué depuis cette époque à l'étude approfondie de notre droit ei· vil et criminel. La mort vient de lui enlever son fils, dont il avait dirigé les premiers pas dans la carrière de la magistrature, et qui avait déjà fait preuve d'un talent très-remarquable.

Ses trois Mémoires sur le jury, publiés en 1802, 1804 et 1808, dont le premier a été couronné par l'Institut, sont encore consultés aujourd'hui. Chénier en a fait un éloge mérité dans son Tableau historique de la littérature française. On a du même auteur, un ouvrage intitulé : De la Magistrature en France, 1807, in-8°; le Manuel de l'Instruction criminello, 1810, in-4°. ; un Dictionnaire raisonné des lois nales de France, 1812, 3 vol. in-8°. Ces ouvrages sont fort estimés.

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L'histoire de Camus, comme ministre, devrait se borner à la mention pure et simple de son nom, car il fut nommé et n'accepta pas.

Camus était un homme de l'ancien régime. Il naquit à Paris le 12 avril 1740. La révolution le

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compta parmi ses plus dévoués partisans. Il fut républicain parce qu'il était janseniste. L'irréligion eut beau faire des progrès , il n'en resta pas moins attaché à sa secte.

Camus, destiné au barreau dès son enfance, avait acquis une vaste instruction; il était surtout trèsversé dans le droit canonique, ce qui lui valut d'abord la place d'avocat du clergé de France, et, ensuite, celle de conseiller de l'électeur de Trèves et des princes de la maison de Salm-Salm. Nommé deputé du tiers-état de Paris aux États-Généraux, il participa aux travaux de cette assemblée, et s'acquit une grande popularité; la fameuse constitution civile du clergé fut presque exclusivement son ouvrage. Il était surtout remarquable par la fougue et la véhémence avec laquelle il défendait ses opinions. Ennemi acharné de la noblesse , il en réclama l'abolition. En 1992, il fut nommé conservateur des archives nationales, et rendit un véritable service à la France, en prévenant la dilapidation des titres et papiers des diverses corporations supprimées. Plus tard, il provoqua le décret sur l'existence de la Convention, dont il devint membre. Chargé, par cette assemblée, d'une mission en Belgique, il rendit compte à la tribune de la situation de l'armée que Dumouriez y commandait. Envoyé de nouveau dans ce pays, en qualité de commissaire de la Convention, il se trouvait absent de Paris lors des appels nominaux sur le jugement du roi ; il envoya son vote pour la mort sans appel et sans sursis. Camus sit encore un troisième voyage en Belgique, pour signifier à Dumouriez le décret d'arrestation lancé contre lui par la Convention. Dumouriez reçut avec ironie les injonctions de Camus, et, au moment où ce dernier donnait ordre d'arrêter le général, comme traître à la république, celui-ci commanda en allemand à quelques hussards d'arrêter les commissaires , qu'il livra aux Autrichiens. Après trente mois de captivité, Camus fut échangé à Bâle contre la fille de Louis XVI, aujourd'hui Madame la Dauphine.

De retour en France, Camus siégea au conseil des Cinq-Cents. La tribune retentissait du récit de ses infortunes lorsque le Directoire proposa la formation d'un septième ministère , celui de la police générale. Camus y fut nommé; mais comme on ne pouvait être à la fois représentant du peuple et ministre, Camus refusa et donna sa démission deux jours après sa nomination, qui est du 4 janvier 1796. On lui offrit plus tard le ministère des finances; pour cette fois il voulait accepter, mais à condition que la place d'archiviste resterait vacante. La chose, gravement discutée au conseil, il fut décidé qu'on ne pouvait être à la fois ministre des finances et archiviste ire petto. Camus renonça encore une fois au portefeuille.

Camus, qui faisait partie de l'Institut, ne s'occupa guère plus que de travaux littéraires. Fidèle à ses prin: cipes, il s'inscrivit, au 10 juillet 1802, pour la négative, sur le registre des votes pour le consulat à vie. Il conserva sa place aux archives de l'Institut, et mou-

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rut, le 2 novembre 1804, d'une attaque d'apoplexie foudroyante.

Il ne dévia jamais de la route qu'il s'était tracéc. Janseniste et démocrate, enthousiaste de religion et de liberté, il déclamait à la tribune contre les rois et le despotisme, la cour de Rome et le clergé, et, matin et soir, il se prosternait devant un grand crucifix de bois placé dans son cabinet. Ce double fanatisme était commun en Angleterre pendant l'époque de sa révolution : il semblait que Camus fût un membre du parlement de Cromwell transplanté dans la Convention nationale.

COCHON

(CHARLES), comte de Lapparent.

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M. Cochon de Lapparent a commencé sa carrière politique à l'ouverture des États-Généraux, et l'a terminée à l'époque des cent jours.

Il naquit le 25 janvier 1950, dans le département de la Vendée. .

Au commencement de la révolution il était conseiller au présidial de Fontenay. Nommé député du tiers-état de la sénéchaussée de Poitou aux États-Généraux, en remplacement de M. Thibaud , qui avait refusé cette mission, il se fit remarquer, dans cette assemblée célèbre, par la sagesse de ses principes, et par son dévoûment à la cause de la liberté. La part qu'il prit à toutes les délibérations importantes lui

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acquirent à la fois l'estime de ses collègues et une grande popularité. Rentré dans ses foyers, après la clôture de la session, il y suivit, avec la plus vive sollicitude, la marche des événemens et des partis, sous l'Assemblée législative, et se montra le partisan de toutes les mesures qui accéléraient le mouvement de la révolution.

Appelé à la Convention nationale par le département des Deux-Sèvres, Cochon se signala parmi , ceux qui portaient les plus rudes coups au système monarchique. Son républicanisme énergiquc le rattacha au parti de la Montagne, qui demandait à grands cris le jugement du roi. A l'époque où Louis XVI fut traduit à la barre de cette assemblée, il vota pour la mort.

Nommé commissaire à l'armée du Nord, en remplacement de Camus et de ses collègues, que Dumouriez venait de livrer aux Autrichiens, il chercha en vain à pénétrer jusqu'au quartier-général, et fut obligé de s'enfermer dans Valenciennes, qui ne tarda pas à être assiégée par les Autrichiens. Après s'être opposé long-temps à toute capitulation, il fut obligé d'en sortir avec la garnison, le 1er août 1793, et reparut, le 6 du même mois, à la Convention, pour y justifier la conduite du général Ferrand et des volontaires républicains, qui, dit-il, s'étaient couverts de gloire, tandis que les habitans de Valenciennes et les troupes de ligne avaient seuls mérité d'être soup-' çonnés de trahison. A partir de cette époque, Cochon ne s'occupa plus que d'affaires militaires. Il resta

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