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• vention nationale, fut le plus remarquable et le plus » agréable aux ennemis de la république. »

Cochop, attaqué avec violence, ne tarda pas à être disgracié.

Avant le 18 fructidor, madamc de Staël, qui avait acquis une grande influence et qui tenait le fil de toutes les intrigues, parvint à le faire écarter du ministère. Henri Larivière se plaignit de la destitution de Cochon, qui fut remplacé par Lenoir-Laroche. .

Les Clichiens cherchaient à enlever au Directoire la police de Paris. Ils argumentaient de l'article de la Constitution, qui donnait au Corps législatif la police du lieu de ses séances et de l'enceinte extérieure qu'il détermine, et de l'article qui donnait à l'assemblée de révision la police de la commune où elle tient ses séances. Ils voulaient donc faire décréter par les conseils que leur enceinte extérieure était la ville de Paris, ou au moins, le côté de la rivière où étaient situés leurs palais, et ils se proposaient de nommer Cochon leur inspecteur ; cependant, ils n'osèrent pas présenter un projet qui mettait la Seine entre les deux pouvoirs.

L'affection, vraie ou simulée des Clichiens, porta malheur à Cochon; il fut proscrit au 18 fructidor. Condamné à la déportation avec une foule d'autres victimes de ce coup d'état, sans avoir trempé plus que Carnot dans la conspiration royaliste, il subit une détention rigoureuse dans l'ile d'Oleron. Le 18 brumaire le rendit à la liberté.. : Il fut nommé à la préfecture de la Vienne en

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1800, membre de la Légion-d'Honneur en 1804, préfet des Deux - Nethes en 1805, et sénateur en 1809.

Après les désastres de la campagne de 1813, l'empereur l'envoya , avec des pouvoirs extraordinaires, dans la vingtième division militaire, pour y prendre des mesures de défense contre les armées ennenies. Il adhéra, en 1814, à la déchéance de Napoléon.

La restauration l’exclut de la pairie et des fonctions publiques.

En 1815, il occupa, pendant les cent jours, la préfecture de la Seine-Inférieure, et rentra dans la vie privée au 8 juillet. .

Exilé comme régicide, il est mort en Belgique en 1825. Son fils publia dans le Journal de Poitiers une notice nécrologique, que le ministère poursuivit. M. Catineau, propriétaire du journal, fut condamné.

Cochon de Lapparent avait rendu d'éminens services à une foule de personnes, compromises par leur attachement à la cause royale; il a toujours conservé la réputation d'homme de talent et d'administrateur habile. .

CON

Ime

DECAZES

(Éle), duc de Glukesbourg.

La carrière ministérielle de M. Decazes est termi' née depuis assez long-temps pour qu'on puisse juger

: sa conduite avec inipartialité. Lorsqu'il dirigeait le ministère, et qu'il jouissait de la confiance de son

roi, M. Decazes était en butte à des haines et à des · préventions que le temps a calmées, s'il ne les a

pas entièrement éteintes. Porté rapidement au faîte de la puissance, il en est descendu couvert d'honneurs.

M. Decazes est né à Saint-Martin-en-Laye, canton de Guitres, département de la Gironde, le 28 septembre'1780. Si M. Decạzes n'eût jamais été ininistre, personne ne se serait donné la peine d'aller déterrer un titre de noblesse qu'Henri IV aurait accordé, en 1595, à un Decazes : il paraît toutefois que ce titre n'avait pas fait prendre rang parmi la noblesse du pays à la postérité de l'anobli, et qu'elle était restée dans la classe bourgeoise.

M. Elie Decazes fit ses études à Vendôme, fut reçu avocat, profession dans laquelle son père avait acquis une réputation d'habileté qui s'est conservée dans la contrée (1). Il songea à hériter de la clientelle paternelle;' ses débuts furent heureux; néanmoins le petit barreau d'une petite ville de province flattait trop peu son ambition. Il se sentait fait pour devenir autre chose qu'un avocat retors ; il prit donc son vol vers Paris, la terre promise des Gascons.

(1) On lit dans un écrit publié en 1809 : « M. Decazes est. » fils d'un certain avoué, marchand de vin de Libourne, et ac» quéreur de quelques petits domaines nationaux. »

Toute origine est obscure sans doute. M. Decazes, qui le sait mieux que personne, entra dans la carrière administrative. Ses premiers pas ne furent pas des pas de géant; il accepta un modeste emploi au ministère de la justice. Ses formes aimables, son extrême bon ton, le'mirent en relation avec un grand nombre de personnages. Il ne fallait rien moins qu'un mariage pour le sortir de la poussière des bureaux; il épousa, en 1805, la fille du comte Muraire, premier président de la cour de cassation. Ce mariage lui ouvrit la route des honneurs; il fut nommé, l'année suivante, juge au tribunal de première instance du départeinent de la Seine, et secrétaire des commandemens de la mère de Napoléon, en remplacement du comte Guieux, conseiller-d'état, dont il avait été le secrétaire. Quatre ans après, il devint conseiller à la cour d'appel de Paris. Il présida plusieurs assises avec distinction.

Appelé, en 1811, aux fonctions de consciller du cabinet de Louis Bonaparte, alors roi de Hollande, il servit ce prince avec assez de zèle pour mécontenter Napoléon, qui le tint dans une espèce de disgrâce , qui durait encore en 1814.

En 1812, M. Muraire, par suite de speculations commerciales, se trouvait dans l'impossibilité de remplir les engagemens qu'il avait contractés , et se voyait menacé de poursuites judiciaires. La famille décida, comme dernière ressource, d'envoyer M. Decazes à Dresde , où Napoléon se trouvait alors, pour solliciter les moyens de mettre M. Muraire à même

de sortir de ce mauvais pas. Voici ce qu'on lit à ce sujet dans les Mémoires de M. le duc de Rovigo : :

M. Decazes, instruit que l'empereur devait venir » à Mayence, s'était hâté de s'y rendre.... Avant de » quitter Paris, il s'était muni de deux lettres, l'une de », l'archichancelier, l'autre de moi pour appuyer sa de»mande. L'empereur le reçut et lui donna , sur sa cas» sette, 250,000 fr. pour arranger des affaires qui, » quoique étrangères à M. Decazes, l'avaient déter• miné à aller jusqu'à Mayence. L'empereur, toujours

bon et généreux, ne s'en tint pas là, il m'écrivit » d'employer toute mon influence à faciliter à M. De» cazes la conclusion des affaires désagréables dans » Jesquelles il allait s'engager. Je lui permis, en con• séquence, de s'établir dans un de mes bureaux, » d'où il envoyait lui-même mes propres agens cher» cher les personnes avec lesquelles il avait à traiter. » Il fit tant et si bien que la somme que l'empereur lui », avait donnée suffit à tout. Je ne fus pas étranger au osuccès qu'il obtint, et j'aime à penser qu'il en a con» Servé le souvenir.

On s'étonnera peut-être de ce qu'un homme élevé dans les antichambres de la famille impériale sc soit montré, à l'origine de la restauration, partisan du nouvel ordre de choses : l'ambition du conseiller à la cour royale avait plus de chances sous le régime impérial ; mais il ne faut pas trop crier à l'ingratitude : le cæur humain est fait de telle sorte que dans cera tajnes occasions certains hommes se font un devoir de tourner casaque à l'infortune, sans même deviner

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