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'Fouché ayant été remis en possession de ce département, qui semblait lui appartenir de droit.

Pendant ses quinze jours d'administration, dans ce moment d'effervescence et d'incertitude pour les partis, M. Pelet n'a pris et n'a pu prendre aucune de ces mesures qui fixent ordinairement l'opinion sur un ministre : il a dû se trouver heureux de pouvoir quitter un poste que les excès de l'arbitraire allaient rendre fort dangereux pour un homme d'honneur.

M. Pelet, commandant de la Légion-d'Honneur depuis la création de cette institution, semblait avoir fini sa carrière politique, et probablement il le croyait lui-même, quand l'ordonnance du 5 mars 1819 vint l'appeler à siéger à la chambre des pairs, où il vote avec l'opposition. L istams

BATERIE ! SAVARY pilinja ho r de

(Anne-Jean-Marie-René), duc de Rovigo...

Le duc de Rovigo est un des héros de la police, qu'il organisa pour ainsi dire militairement. La révolution en avait fait un soldat; Napoléon en fit un ministre. Soldat ou ministre, le duc de Rovigo fut toujours aveuglément dévoué à l'empereur ; et de toutes les accusations qu'on a pu élever contre lui , la moins fondée serait celle qui lui reprocherait d'avoir donné des preuves de versatilité ou d'ingratitude.

M. Savary, né à Sedan le 26 avril 1974, et fils d'un

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ficier vieilli sous les drapeaux, qui n'avait obtenu pour prix de ses longs services que le grade de major et la croix de Saint-Louis , peut-être parce qu'il descendait d'un meunier.

A peine avait-il fini ses études lorsque la révolution éclata. Il embrassa la carrière des armes, entra dans le régiment de Royal-cavalerie, qui ne tarda pas à être dissous. Attaché en qualité d'officier à l'étatmajor du général Desaix, il mérita sa confiance et fut chargé de plusieurs missions importantes pendant les campagnes sur le Rhin; il le suivit en Egypte, revint en Europe avec lui, l'accompagna en Italie, et combattait encore à Marengo, sous les ordres de ce général, avec le grade de chef d'escadron, lorsque celuici reçut le coup mortel. Voici de quelle manière il rend compte de cet événement dans ses Mémoires :

Je n'étais pas à cent pas du lieu où je l'avais laissé, Dj'y courus, et le trouvai par terre, au milieu des » morts déjà dépouillés, et dépouillé entièrement lui» même. Malgré l'obscurité, je le reconnus à sa vo» lumineuse chevelure, de laquelle on n'avait pas en» core ôté le ruban qui la liait. Je lui étais trop at»taché pour le laisser là, où on l'aurait enterré sans » distinction, avec les cadavres qui gisaient à côté de » lui. Je pris à l'équipage d'un cheval, mort à quel»ques pas de là, un manteau qui était encore à la selle » du cheval ; j'enveloppai le corps du général Desaix

dedans, et un hussard, égaré sur le champ de ba» taille, vint m'aider à remplir ce triste devoir envers » mon général. Il consentit à le charger sur son chea

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» val et à le conduire à la bride jusqu'à Gorofollo, pen» dant que j'irais apprendre ce malheur au premier » consul. ;

Le consul l'attacha au même instant à sa personne, en qualité d'aide-de-camp. Lors de l'enlèvement de M. Clément de Ris, il fut envoyé à Tours, pour tậcher de découvrir les auteurs de cet attentat, et s'acquitta de cette mission avec beaucoup de finesse et de perspicacité. A l'époque où l'amiral Ganthaume dut aller porter des secours aux débris de notre expédition en Égypte, le premier consul le chargea d'aller à Brest et à Lorient pour surveiller les armemens.

Des intrigues ayant été ourdies contre le premier consul, M. Savary eut la mission de surveiller les meneurs, et même de les arrêter. Dès lors on le regarda comme le chef d'une police secrète. On voit en effet, par ses Mémoires, qu'il alla dans la Vendée, sous divers déguisemens, pour pénétrer les desseins de quelques-uns de ceux qui avaient figuré dans les troubles de cette contrée, et surtout les complices de Georges.

En 1804, époque à laquelle le duc d'Enghien fut arrêté à Ettenheim, amené en France, traduit devant une commission militaire, siégeant dans le don. jon de Vincennes, condamné le 20 du mois de mars, et exécuté immédiatement, M. Savary était colonel de la gendarmerie d'élite. Il avait reçu ordre de sc rendre à Vincennes. Du haut du parapet, sur le bord du fossé, cet officier supérieur assista à l'exécution du prince.

· Il est avéré que le prince fut fusillé la nuit ; qu'une lumière était placée dans le fossé. Du reste, il n'y a point de traces, dans les dépositions des témoins, du fait d'une lanterne attachée à la poitrine de la victime (1). Suivant une autre relation, le duc d'Eng

(1) Ces circonstances ont été l'objet d'accusations portées devant l'opinion, dont la plus grave est que le général Savary aurait hâté l'exécution du prince. Le duc de Rovigo à publié, en 1823, un Extrait de ses Mémoires sur la catastrophe du duc d'Enghien , dans le but de repousser les attaques qui avaient été répandues contre lui. Cet écrit accusait plusieurs personnes. L'attention publique fut fortement excitée. D'autres publications eurent lieu de la part de quelques-uns des intéresrés. Les mémoires complets du duc de Rovigo, qui ont paru récemment, contiennent des réponses à toutes les insinuations dont il avait été l'objet.

Le général Hullin, président de la commission militaire, a åfliriné, dans un écrit intitulé : Explication offerte aux hommes impartiaux, que l'ordre n'avait pas été donné de mettre le jugement à exécution. Il s'exprime ainsi : « A peine le jugement »fut-il signé, que je me mis à écrire une lettre dans laquelle, me » rendant en cela l'interprète da væu unanime de la commis»sion, j'écrivais au premier consul pour lui faire part du désir » qu'avait témoigné le prince d'avoir une entrevue avec lui, et » aussi pour le conjurer de remettre une peine que la rigueur » de notre position ne nous avait pas perinis d’éluder.

» C'est à cet instant qu'un homme qui s'était constamment » tenu dans la salle du conseil, et que je nommerais à l'instant » si je ne réfléchissais que, même en me défendant, il ne me » convient pas d'accuser... « Que faites-vous-là ? me dit-il, en » s'approchant de moi. — J'écris au premier consul, lui répon

hicn aurait pris lui-même la lanterne et l'aurait tenue d'une main ferme jusqu'au moment de l'explosion. Tous les rapports, au surplus, s'accordent en ce point, qu'il a fallu le secours d'une lanterne pour éclairer l'exécution.

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» dis-je, pour lui exprimer le væu du conseil et celui du con» damné. — Votre affaire est finie, me dit-il, en reprenant sa » place : maintenant cela me regarde. »

» J'avoue que je crus, et plusieurs de mes collègues avec » moi , qu'il voulait dire : Cela me regarde d'avertir le premier » consul. La réponse, entendue en ce sens, nous laissait l’es» poir que l'avertissement n'en serait pas moins donné.

» Je m'entretenais de ce qui venait de se passer sous le ves» [ibule contigu à la salle des délibérations. Des conversations » particulières s'étaient engagées; j'attendais ma voiture, qui, » n'ayant pu entrer dans la cour intérieure, non plus que celle » des autres membres, retarda mon départ et le leur. Nous » étions nous-mêmes enfermés, sans que personne put commu» niquer au-dehors, lorsqu'une explosion se fit entendre... Bruit » terrible, qui relentit au fond de nos ames, et les glaça de ter» reur et d'effroi.

» Oui, je le jure au nom de tous mes collègues, cette exécu» tion ne fut point autorisée par nous : notre jugeemnt portait » qu'il en serait envoyé une expédition au ministre de la guerre, » au grand-juge, ministre de la justice, et au général en chef, »gouverneur de Paris.

» L'ordre d'exécution ne pouvait être régulièrement donné » que par ce dernier; les copies n'étaient pas encore expédiées; » elles ne pouvaient pas être terminées avant qu'une partie de » la journée ne fût écoulée. Rentré dans Paris, j'aurais été »trouver le gouverneur, le premier consul, que sais-je ?.... Et

« EelmineJätka »