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Paris, mais il n'y traîna plus qu'une misérable existence. Il se mit aux gages d'un libraire; et comme son nom était frappé d'un grand discrédit, il prit une sorte d'éditeur responsable. Les brochures furent saisies ; l'auteur et le responsable s'accusèrent hautement de s'être réciproquement dénoncés.

Après avoir usé toutes ses ressources, Méhée, qui, au milieu de sa détresse, avait conservé une sorte de gaîté qui semblait défier le remords, tomba malade au commencement de 1827. Transporté

dans un hospice, il y nourut quelques jours après · y, être entré. . Un homme de lettres qui l'avait connu se trouyait par hasard dans cet hospice pour rendre les derniers devoirs à un ami. Au inoment où le cercueil allait être placé sur le corbillard, il fit remarquer aux porteurs que la personne qu'il devait accompagner au cimetière était d'une petite taille. « D'où. vient donc, dit- il, qu'on a jugé convenable de placer le corps dans une bière aussi grande ?- Celui-ci, monsieur, dit le croque-mort, était un grand bel homme. '-— Alors, ce n'est pas mon mort. – Monsieur, je vais vous le faire voir..

En deux minutes la bière est découverte, et, en effet, ce n'était pas son mort, c'était Méhée de La Touche. Il était facile à reconnaître, car il avait conservé tous ses traits et presque tout son embonpoint.

Ainsi, pour dernière aventure, Méhée faillit être enterré et pleuré au lieu et place d'un honnête hourgcois.

Méhée joignait à beaucoup d'esprit une originalité très-piquante; il a prouvé, dans plusieurs ouvrages, que son talent ne se prêtait pas avec moins de flexibilité et de succès aux graves discussions. Il avait eu, quelque temps avant sa mort, un procès avec M. Salgues, à l'occasion d'une brochure où il avait calomnié cet abbé. Ce court pamphlet contenait une chanson intitulée : Les Aventures de mademoiselle Tempérament au Gros-Caillou , ou, comme quoi il n'y a que des claques à gagner à être aristocrate ou Feuillant, que M. Réal lui a attribuée et qu'il a attribuée à M. Réal. Méhée, lorsqu'il était en belle humeur, entonnait d'une voix de Stentor cet hymne digne di Tyrtec des Porcherons.

Méhée n'hésitait jamais à s'accuser lui-même lorsqu'il croyait que cela lui était profitable. Il aggrava ainsi plus d'une fois sa propre bassesse; ses actions les plus honteuses furent presque toujours de mau

vais calculs, tant il est vrai qu'une conscience de - cette espèce finit toujours par altérer le bon sens.

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Perlet, né à Genève vers 1765, vint dans sa jeunesse à Paris, où on le vit garçon libraire, puis libraire et imprimeur, puis directeur d'un journal. Cette dernière qualité lui avait donné une sorte

d'importance auprès, des royalistes, sous le Directoire.

Au 18 fructidor, il fut déporté à Sinnamari, et ne l'evint en Europe qu'après le 18 brumaire. En Angleterre et en Allemagne il sè lia avec quelques royalistes avant de se rendre à Paris, où il reprit son ancien commerce de librairie, pour lequel il n'avait aucune aptitude. Voulant se procurer de l'argent à tout prix, il se lia avec son compatriote Veyrat, alors inspecteur-général de la police.

Les libraires le considérèrent dès lors comme on espion et un délateur, ce qui l'obligea à quitter toutà-fait cette profession et à accepter, en 1808, une place de commis à la préfecture de police. Il imagina bientôt de mettre à profit ses anciennes relations avec les royalistes, écrivit à Fauche-Borel, qui se trouvait à Londres, qu'il était à la tête d'un parti puissant : on se laissa duper par ses rapports. La police l'envoya en Angleterre , où il eut une audience de Louis XVIII; ce prince daigna l'accueillir avec des marques de bonté, et le fit asseoir en sa présence. De retour à Paris, Perlet reprit ses manoeuvres perfides ; il essaya d'attirer en France un prince de la Famille royale. Les Bourbons, avant de rien tenter, envoyèrent une personne dans laquclle ils avaient confiance pour juger de la réalité des moyens que Perlet pouvait avoir: c'était un neveu de Fauche-Borel, le jeune Vitel, qui se chargea de cette périlleuse mission.

Dès qu'il arriva à Paris, ce malheureux jeune

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homme, qui n'y connaissait que Perlet, qui n'y avait de recommandation que pour lui, fut livré à la police et fusillé peu de temps après. · Perlet continua de recueillir le prix de sa scélé

ratesse jusqu'en 1813. On correspondit avec lui pendant dix ans, et on crut pendant tout ce temps à son prétendu comité.

Fauche-Borel, revenu en France avec le roi, dans le mois de mai 1814, alla loger chez Perlet et le pria de lui faire connaître l'assassin de son neveu! enfin, après six mois, l'horrible vérité se présenta à ses yeux. On lui fit voir des lettres et des quittances qui prouvaient d'une manière irrécusable que c'était Perlet qui avait livré le malheureux Vitel, et qui avait reçu le prix de ce crime.

Fauche-Borel appela aussitôt sur le coupable les flétrissures de l'opinion. L'écrit dans lequel il signa- . lait cette exécrable perfidie n'intimida pas Perlet; il répondit avec audace. Traduit devant les tribunaux par son antagoniste comine calomniateur , il montra une effronterie incroyable aux premières audiences; mais, accablé par l'évidence des faits, et surtout par la déposition de Veyrat, il prit la fuite et disparut au moment où le jugement allait être prononcé. Il fut condamné comme escroc et comme calomniateur.. .

Perlet se réfugia à Genève, où l'on a dit qu'il avait-, rédigé pendant quelque temps un journal intitulé l'Écho de l'Univers. C'est une erreur : l'auteur de cette feuille était le général baron d'Utruy.

VE YRAT

(PIERRE - Hugues).

M. Veyrat est né à Genève en 1756. Avant la ré. volution, il exerçait le commerce de l'horlogerie et de la joaillerie. Il vint à Paris en 1795, et y obtint la place d'inspecteur-général de la police.

Son habileté en avait fait un homme indispensable; déplacé cinq fois par différens ministres, il fut toujours rappelé. Napoléon, par un décret impérial, le nomma inspecteur-général du quatrième arrondissement de la police générale, comprenant Paris. Il conserva cet emploi jusqu'à la restauration.

On raconte que le 31 mars au matin, avant l'entrée des troupes alliées, informé que deux officiers rụsses venaient, au mépris de la capitulation, d'être arrêtés par des soldats d'un corps franc, qui, les ayant dévalisés et garrottés; excitaient le peuple à les massacrer, il se rendit au lieu de cette scène, qui pouvait avoir des suites dangereuses, en imposa à la multitude, prit sous sa sauvegarde les deux officiers étrangers, et, secondé par quelques citoyens honnêtes, fit arrêter les coupables.

Appelé en témoignage dans l'affaire de FaucheBorel, il avoua avec franchise tout ce qui était relatif aux menées de Perlet.

Veyrat et son fils ont cessé depuis long-temps de faire partie de la police.

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