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voyait entassés les restes de plusieurs millions d'hommes. Thiroux de Crosne rendit un service signalé en exécutant, avec courage et promptitude, ce qu'avaient empêché jusqu'alors des préjugés de plus d'une espèce, et la crainte du danger qui pouvait résulter d'un remuement général; il fit ce que n'avaient pu faire les réclamations publiques, les arrêts du parlement de Paris et le væu de tant de magistrats. Des sommes considérables étaient indispensables pour venir à bout de cette grande opération : le lieutenant de police les trouva dans des fonds que le gouvernement laissait à sa disposition, et dont il ne devait pas rendre compte. Il obtint du clergé la destruction d'une église qui faisait partie du cimetière, Le travail entrepris en 1786, au milieu du charnier, par ordre de Thiroux de Crosne, et avec les conseils des meilleurs chimistes de Paris, fit le plus grand honneur à tous ceux qui y prirent part... Nul désordre, nul accident ne troublèrent l'accomplissement d'un projet si digne d'éloges (1). »

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bodo sto3 Un arrêt du conseil-d'état, rendu le 9 novembre 1785, avait ordonné la destruction de ce cimetière. . .,

Les inscriptions des catacombes attestent que la premjère translation des ossemens se fit dans les mois de décembre 1785, de janvier, février, mars et avril 1786; la seconde, dans les mois de décembre 1986 et mars 1987; la troisième, dans le mois d'août 1787, jusque dans celui de janvier 1788.

En 1808, lors des premiers travaux exécutés sur l'emplace

Malgré ces grands travaux, quoique imparfaits, exécutés par de Crosne; malgré la délicatesse extrême de ses procédés et le zèle avec lequel il remplissait ses fonctions ; malgré ses, liaisons avec les plus hauts personnages de la cour et de la ville, on s'est obstiné à placer ce magistrat au-dessous de son emploi. • Je serais moi-même d'autant plus disposé à le juger avec sévérité que, dirigeant la police au moment où l'ancienne monarchie était menacée dans son existence, il ne sut prévoir ni prévenir aucun des événemens qui en ont accéléré la chute; au. moins rien n'est-il resté de lui qui puisse prouver ses efforts, ou convaincre de sa perspicacité : il lui

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ment de ce cimetière, pour l'aquéduc du canal de l'Ourcq, on fit encore des découvertes sépulcrales : les ossemens furent transférés aux catacombes, et les cercueils au cimetière de Montmartre.

En 1809, les mêmes travaux produisirent une nouvelle découverte de fosses jusqu'alors inconnues; elles accrurent les tristes richesses des catacombes.

En 1811, en construisant les halles qui entourent le marché des Innocens, et en fouillant la terre jusqu'à cinq mètres de profondeur, on découvrit encore des fosses funèbres et des ossemnens qui furent partagés entre les cimetières de Montmartre et du P. Lachaise; ce qui revint aux Catacombes y fut transporté du 19 janvier au 19 mars 1811, et déposé dans une fosse particulière; dépôt qui forme une masse de soixante-dix mètres cubes.

manquait sans nul doute ce tact si sûr qui distinguaient Sartine et Lenoir. · De Crosne se bornait à écouter la manifestation de l'esprit public, et à en transmettre l'expression au gouvernement. C'est particulièrement sur les représentations théâtrales qu'il portait son attention. Rien de plus curieux que les rapports de ses observateurs de spectacles, d'après lesquels il rédigeait les siens pour le ministère. En voici un que j'extrais du 1 er vol. des Mémoires de Condorcet , pag. 232 et suivantes :

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Celui qui met un frein à la fureur des flots
Sait aussi des méchans arrêter les complots.

sanitarias (Quelques autres un peu plus marqués.)

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JOAD.

Livre en mes faibles mains ses puissans ennemis. (Quelques-uns.)

Confonds dans ses conseils une reine cruelle.
(Plusieurs bien marqués.) -
Daigne, daigne, mon Dieu, sur Mathan et sur elle
Répandre cet esprit d'imprudence et d'erreur,
De la chute des rois funeste avant-coureur. :
(Redoublés à la fin de ce couplet.)

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Mais, hélas ! dans ce temps d'opprobre et de douleurs, ' Quelle offrande sied mieux que celle de nos pleurs ? (Bien marqués aussi.)

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Heureuse, si je puis trouver par son secours
Cette paix que je cherche et qui me fuit toujours !
(Quelques-uns, mais un peu honteux.)

MATHAN

Est-ce aux rois à garder cette lente justice ?

Leur sûreté souvent dépend d'un prompt supplice. ' N'allons point les gêner d'un soin embarrassant,

Dès qu'on leur est suspect, on n'est plus innocent.

(D'abord assez marqués, et très - forts au dernier vers.)

ABNER.

Eh quoi! Mathan, d’un prêtre est-ce là le langage ? (Vifs et redoublés.)

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- Joas.“ Un roi sage, ainsi Dieu la prononcé lui-même, Sur la richesse et l'or ne met point son appui; Craint le Seigneur son Dieu; sans cesse a devant lui Ses préceptes, ses lois, ses jugemens sévères, Et d'injustes fardeaux n'accable point ses frères. (La salle entière a retenti à la fin de ce couplet.)

JOAD. (Grand silence qui semblait préparer les battemens, qui presque à chaque vers ont interrompu l'acteur.)

De l'absolu pouvoir vous ignorez l'ivresse,'
Et des lâches flatteurs la voix enchanteresse....

(Première interruption, à force de battemens de mains.)

Bientôt ils vous diront que les plus saintes lois,
Maîtresses du vil peuple, obéissent aux rois....
(Seconde interruption.)
Qu’un roi n'a d'autre frein que sa volonté même....

(Troisième interruption.)
Qu'il doit immoler tout à sa grandeur suprême....
(Quatrième interruption.)
Qu'aux larmes, au travail le peuple est condamné....
(Cinquième interruption.)
Et d'un sceptre de fer veut être gouverné....
(Sixième interruption.)

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