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ou qui la défend y trouvera son avantage personnel, son avantage pécuniaire. - Soit. C'est une raison de plus pour l'examiner. Mais si vous n'avez point d'autre objection contre la mesure, devient-elle mauvaise à raison de ce motif? doit-elle 'en être considérée avec moins de faveur ? en perd-elle un grain de sa bonté ? – Tout au contraire, elle n'en vaut que mieux; car de quoi se compose le bien public que de la somme des avantages individuels ?.

Ce sophisme a ceci de particulier, c'est qu'il porte sur une base absolument fausse. Il suppose l'existence d'une classe de motifs auxquels on peut légitimement appliquer l'épithète de mauvais.

Qu'est-ce qui constitue un motif ? c'est l'atlente éventuelle d'un plaisir ou de l'exemption d'une peine: or, comme en soi, il n'y a de bon que le plaisir ou l'exemption de peine, il s'ensuit que, philosophiquement parlant, il n'y a point de mauvais motif. Chaque espèce de motif peut produire, selon les circonstances, des actions bonnes et mauvaises (1).

10.

(1) Je dois renvoyer les lecteurs à ce qui a été dit sur les motifs dans les Traités de Législation. Tom. II, ch. VIII. De l'influence des motifs sur la grandeur de l'alarme. . :

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Le fait des variations étant admis, l'argument qu'on en veut tirer contre la mesure en question, n'est encore que le sophisme de fiance.

Il faut convenir toutefois que des variations tranchantes et soudaines présentent un indice très-défavorable et même concluapt, par rapport au jugement ou au caracıère d'un individu. · Si, par exemple, il a conibatlu la mesure en question quand il étoit de son intérêt de s'y opposer , et qu'il la soutienne quand il lui convient de la soutenir ;. - s'il s'agit d'un fait qu'il ait nié dans une occasion où il lui importoit de le nier, et qu'il l'affirme lorsqu'il lui est avantageux de l'affirmer ; s'il cherche à couvrir de mépris ceux qui étoient autrefois les objets de son admiration ; s'il insulle ung cause qu'il avoit auparavant défendue avec chaleur : - toutes ces variations ne peuvent qu'opérer à son prejudice, à moins qu'il ne les explique d'une manière satisfaisante , et ne les justifie par la diversité des circonstances.

La présomption qui en résulte contre l'individu, toute forte qu'elle est , n'a cependan

aucune valeur logique contre la mesure en question. Tout ce qui doit en résulter, c'est d'affoiblir l'autorité de la personne, dans le cas où cette autorité auroit opéré en faveur de la mesure.

V. Imputation de liaisons suspectes. Noscitur

ex sociis.

Admettant le fait que l'auteur de la mesure est lié avec des personnes d'un caractère susdect, l'argument qu'on en veut tirer contre la mesure même, n'est autre que le sophisme de defiance, c'est-à-dire la présomption d'un mauvais dessein ultérieur..

Mais, pour donner quelque couleur à cet argument ;' il y a trois faits préliminaires à établir : -- 1.° que les associés dont il s'agit sont suspects à bon droit, comme ayant des desseins pernicieux ; 2.° qu'il existe une véritable intimité, une association entr'eux et l'auteur de la mesure ; car il y a des liaisons de tous les degrés possibles ; 3.° que la mesure en question est le fruit de celle association, et n'auroit pas eu lieu sans cela...

La preuve de ces faits dépend des circonstances particulières du cas. Mais il faut faire ici vne observation générale. Il n'en est pas des liaisons politiques comme des liaisons privées. Dans la vie privée, l'influence des liaisons sur la conduite et les opinions d'un individu , est une présomption établie par une expérience journalière. Le proverbe qui nous apprend à juger d'un homme par ceux qu'il fréquente , est , dans ce cas, d'une vérité reconnué; mais il n'a pas, à beaucoup près, la même force quand il s'applique à des liaisons formées pour un objet politique. Là, il faut s'unir avec des individus plus par nécessité que par choix. On est déterminé à agir de concert, sans consulter les ressemblances morales dans les dispositions. Tous les partis sont des agrégations miscellanées ; on y trouve des hommes de tous les caractères. La seule nécessité de recueillir des informations sur des faits peut produire des rapprochements qui ont toute l'apparence d'un commerce social entre les personnes des inclinations les plus opposées. . 5o

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VI. Imputation fondée sur une identité de

dénominations. Noscitur ex cognomimibus. :

Dans l'argument précédent, l'auteur de la mesure étoit représenté comme suspect,'afai

son de ses liaisons avec des personnes vivantes. Dans l'argument actuel, il est représenté comme tel, à raison d'une certaine identité nominale ayec des personnes qui ne vivent plus, mais qui opt,eu, dans leur temps, des desseins suspects ou pernicieux,. ,

Voilà ce qu'ont fait des hommes qui portoient la même dénomination que vous portez aujourd'hui : voilà ce qu'on pourroit. attendre de vous. Il faut juger de vos desseins par la conduite de vos prédécesseurs. »

Il est vrai que si l'esprit n'est pas change, si les intérêts sont les mêmes, on peut conclure de la commupauté de nom à la communauté de dessein. Mais , dans ce cas, c'est la communauté d'esprit et d'intérêt qui est le vrai lien de l'union ; la communauté de nom n'en est que le signe et non pas la cause. Les Romains de nos jours qu'ont-ils de commun avec les Romains d'autrefois ? Pensent - ils à réclamer l'empire du monde ? .cit'Ey e

Ceux qui jugent d'une classe d'hommes par les exçes de leurs dévanciers dublient toujours í une circonstance essentielle, cette amélioration graduelle dans les caractères et dans les principes, depuis les âges, de barbarie jusqu'à nous. Les sectes qui portent le même nom n'ont plus

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