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mettre dans l'obligation de maintenir des lois contre le vau général. — Il n'a voulu attacher cette obligation au Monarque que dans sa capacité exécutive, et non dans sa capacité légis- . lative. .

Si par la troisième clause, il est interdit au Roi de consentir à up Bill qui altérât la constitution ecclésiastique, il lui est donc interdit par la première de consentir à un Bill quelconque : car il jure solemnellement, par cette première clause « de gouverner le peuple » selon les statuts du Parlement, selon les lois » et les coutumes établies, » Mais comment peut-il consentir à des lois nouvelles sans en altérer d'anciennes, sans abroger ou changer des coutumes ?

Il est vrai que cette interprétation seroit trop absurde pour en imposer à personne. Il est clair que l'objet n'étoit pas de restreindre le Monarque dans son autorité législative, et parconséquent de paralyser celle des deux Chambrès , mais de le guider dans l'exercice de son pouvoir exécutif; – or, si c'est là l'intention manifeste de la première clause, peut-on en supposer uue autre relativement à la troisième?

Mais voulez - vous forcer la conscience du Souverain ? Quel que soit le sens que vous

donnez à cette clause , voulez-vous lui ôter le droit de l'entendre dans le sien ? Exigez-vous de lui le sacrifice de son jugement, tandis que vous réclamez la liberté du vôtre ?

Non; - mais faut - il qu'en alléguant sa conscience, on obtienne un pouvoir absolu, et en particulier celui de maintenir des lois répuiées pernicieuses ?

Le serment, selon les termes dans lesquels il est conçu, est un frein ou une permission. Souvent c'est une permission sous l'apparence d'un frein : un frein dans la forme, une permission dans la réalité.

Ce sont des chaînes qu'on donne au pouvoir. Oui; - mais des chaînes comme celles qui figurent sur le théâtre, des chaînes qui font du bruit et qui ont de l'éclat, mais très · légères pour celui qui les porte. Ce sont des décorations plutôt que des gênes, puisque c'est luimême qui a choisi les liens qu'il lui convient de porter.

Le Roi s'engage à ne rien changer à l'ordre ecclésiastique, - Ou paroît limiter son pouvoir ; - point du tout, on l'étend si on lui donne ainsi la faculté de se refuser au vou de la nation. Le pouvoir qu'il a perdu est précisément celui qu'il ne veut pas exercer, et la gêne apparente du serment est précisément un moyen de despotisme.

er au VC

Si un Roi d'Angleterre se croyoit lié par son serment â refuser une loi qui seroit jugée né-. cessaire par les deux Chambres et par le vou national, la constitution donne heureusement des moyens de sortir du labyrinthe. Il ne trouveroit plus de Ministres, ou ces Ministres ne. pourroient plus obtenir la majorité du Parlement pour aucune mesure. Le Roi seroit réduit à céder ou à abdiquer.

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NOMBRE

CONSI

DE L'OPINION DU GRAND NOMBRE CONSI

DÉRÉE COMME AUTORITÉ.

Si l'on considère l'opinion d'un seul individu pris dans la masse comme ayant un certain degré d'autorité probative , la force de cette autorité doit s'accroître avec le nombre des individus qui ont la même opinion, et cet accroissement est indéfini comme celui de la multitude.

Mais si dans la théorie , vous attribuez le plus petit degré de force aux nomades élémentaires qui constituent ce corps d'autorité qu'on appelle opinion publique, ou si, en d'autres termes , vous considérez le nombre de ceux qui entretiennent une opinion comme une preuve qui doit dispenser de l'examen ; la conséquence en devroit être une entière subversion de l'ordre établi : .

1.° S'il n'étoit pas bien entendu que la distance, en fait de temps, détruit la force probative de l'autorité du nombre , il s'ensuit que toutes les anciennes erreurs devroient être rëtablies, parce qu'elles ont été univer

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selles : il s'ensuit que la religion Catholique devroit être remise en vigueur dans les États protestants, que les lois de tolérance devroient être abolies, et qu'on devroit prononcer un veto absolu contre tous les changements imaginables. »

2.° Si la distance, en fait de lieu , n'étoit pas considérée comme déiruisant la force probative de l'autorité du nombre, il s'ensuit que la religion Mahometane devroit être substituée à la religion Chrétienne, ou la religion de la Chine à l'une et à l'autre...

L'autorité du nombre, en matière d'opinion, prise en elle-même, indépendamment de toute preuve ,. est donc un argument sans aucune force. Si on vouloit lui donner de la valeur dans quelque foible degré que ce fût, on seroit d'abord conduit à l'absurde (1),

(1) « Que ne pouvons-nous voir ce qui se passe dans l'esprit des hommes lorsqu'ils choisissent une opinion ! Je suis sûr que si cela étoit, nous réduirions le suffrage d'une infinité de gens à l'autorité de deux ou trois personnes, qui, ayant débité une doctrine que l'on supposoit qu'ils avoient examinée à fond, l'ont persuadée à plusieurs autres par le préjugé de leur mérite , et ceux-ci à plusieurs autres qui ont trouvé mieux leur compte, pour leur paresse naturelle, à croire tout d'un

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