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Avec un vrai sentiment de son incapacité, on ne prendroit aucune part au débat : mais celui qui se fait fort de son ignorance prétend condamner la réforme proposée, sans alléguer aucune raison ; et ce prétexte est un aveu ta- . cite qu'il n'a point de raison à donner contre elle. Il veut éviter la discussion , dont il ne ; sortiroit pas à son avantage , et il se réfugie dans celle prétendue ignorance sur laquelle il est bien sûr de n'être pas pris au moi. -- Malheureusement, c'est là le symptôme d'un mal incurable ; car, selon le proverbe, « il n'y a » point de plus mauvais sourd que celui qui » ne veut pas entendre. »

L'autorité qu'on donneroit à ce sophisme est fondée sur ce que des hommes de loi sont plus compétents que d'autres en matière de loi. Ceci demande une distinction : ils connoissent mieux la loi telle qu'elle est ; et s'ils n'ont point d'intérêt séducteur, ils sont plus à portée de juger de ce qu'elle doit être : mais s'ils n'ont étudié la loi que comme un métier, s'ils n'ont songe qu'à tirer parti de ses imperfections, bien loin d'être plus capables que d'autres de diriger le Législateur, ils sont plus propres à l'égarer.

Qu'un homme qui a vieilli dans une routine légale, s'avoue incapable de saisir d'autres idées,

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. ce n'est pas toujours un préteste faux. Toute sa sagacité s'est épuisée à étudier le système qu'il avoit intérêt de connoître : il ne trouve ni facilité ni plaisir à combattre ses habitudes et à donner à son esprit une direction toute nouvelle. Il ne seroit pas étonnant qu'un militaire qui a passé sa vie dans les combats ne fût point propre à changer de service et à panser les blessés. C'est une industrie toute différente. Télephe n'a point laissé de successeurs : sa lance qui faisoit les blessures ei qui les guérissoit, ne s'est point retrouvée dans les curiosités d'Herculaneum.

II. Sophisme du panegyriste de lui-même.

La vanité qui se préconise elle – même sous Je rapport des talents, ne doit pas être attaquée sérieusement; le mérite le plus distingué est à peine un titre d'indulgence pour celte foiblesse.

Ce qu'on voit souvent dans les Assemblées. politiques, ce sont des hommes élevés en dignité qui veulent entraînerles opinions par la confiance qu'ils réclament. Leur probité , l'absence de tout intérêt personnel, leur dévouement absolu à l'intérêt public, voilà ce qu'ils font valoir, avec plus ou moins de dextérité, contre des

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mesures de reforme ou des lois de précaution qu'ils veulent faire rejeter comme inutiles, ou même comme injurieuses à leur caractère.

De telles considérations sont des sophismes, non-seulement parce qu'elles sont étrangères au mérite de la question, mais encore parce · qu'elles renferment implicitement des assertions qui ne sont point d'accord avec la nature de l'homme; elles vont contre les faits les mieux établis sur les motifs qui déterminent le coeur humain; elles nient l'influence d'un intérêt personnel dans les cas où on peut présumer qu'il agit avec le plus de force.

Jusqu'à ce qu'il soit donné à l'honime de lire dans les côurs, l'hypocrite pourra parler comme l'homme de bien; et même, moins la vertu gouverne ses actions, plus il a d'intérêt à l'étaler dans ses discours. Celui qui agit bien par un sentiment habituel, accoutumé à cette probité qui ne le quitte point, ne pense pas plus à s'en faire honneur aux yeux d'autrui qu'aux siens mêmes. L'ostentation est presque toujours : l'emprunt d'une qualité qu'on n'a pas. :: Il faut donc compter parmi les sophismes cet appel à des vertus de la part d'un homme puu blic qui veut faire juger de sa conduite par son caractère, et non de son caractère par sa conduite.

SECONDE PARTIE.

SOPHISMES DILATOIRES. i

LORSQUE les antagonistes d'une réforme proposée ne peuvent pas réussir à la repousser par les sophismes d'autorité ou de préjugé , il leur reste la ressource d'en renvoyer l'examen à un autre temps. Ils se prevalent de tous les motifs qu'on peut tirer de l'indolence, de la crainte, de la haine, de la défiance, pour exciter une prévention contre la mesure sans aborder la question même. Voici les différents sophismes qu'on peut ranger sous ce chef.

1.° La mesure n'est pas nécessaire, elle n'est pas réclamée, il n'y a point de vou public énoncé, point de murmure : on peut donc rester tranquille. Sophisme du Quiétiste.

. 2.° La mesure peut être bonne, mais le moment n'est pas venu. On en trouvera un plus - favorable. On peut y penser à loisir. Sophisme

du délai de pure chicane. .. 3.o Si on adopte la reforme proposée, il faut du moins ne l'exécuter qne par parties; il faut

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procéder lentement, Sophisme de la marche graduelle,

. 4.° On ne peut pas réunir tous les avantages à-la-fois, et le mal des uns est compensé par le bien des autres : considération dont ou tire un prétexte pour ne pas soulager des souffrances réelles. Sophisme des fausses consolations ou des consolations vicaires, : 5.• Celle mesure est un premier pas qui engage on ne sait à quoi. Ceux qui la proposent pe disent pas tout. Ils ont d'arrière-pensées, Sophisme de défiance. ..

6.° Ceux qui la proposent sont des hommes dangereux : il ne peut rien venir de bou de leur part, Sophisme des personnalités injurieuses,

7.° Ceux qui la combattent sont vertueux et sages ; leur désapprobation est une raison suffisante pour ne pas s'en occuper. Sophisme des personnalités adulatrices.

8.° Enfin, on peut rejeter cette mesure , car il entre dans nos intentions de proposer. quelque chose de mieux. Sophisme des diversions" artificieuses. ...17, "

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