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graduel, et c'est souvent une affaire de nécessité de se prêter à la foiblesse du grand nombre, et de morceler des opérations pour en assurer le succès.

Vous aurez , par supposition , dix abus à attaquer : — les dix abus auront, chacụn dans le siége même de la législature , leurs protecteurs intéressés. Attaquez-les en phalange, tous se réunissent contre vous, et triomphento Attaquez-les séparément, la victoire devient possible. .

Possible ! oui , mais probable ? - Dans chaque branche de service, il y a des honımes qui ont des intérêts obliques à soigner et à couvrir ; cela établit entre eux une affiliation naturelle qui va toujours , et se conserve intacte à travers même des démêlés personnels. Dès que l'un d'eux est attaqué, tous le joignent. Chacun se trouve à son poste, et le concert est parfait. C'est une tactique où personne n'est en défaut ; elle est parfaitement comprise par tel individu qui n'a jamais rien su de plus, qui ne saura jamais davantage.'

Hoc discunt omnes ante alpha et beta puelli.

avers

rso

.

S'il est un cas où il soit raisonnable d'accéder à une marche lente , c'est celui où

c'est une condition nécessaire pour obtenir le concours des Membres indépendants de l'Assemblée.

Cette classe renferme beaucoup d'hommes opulents; et ces hommes opulents, quoique généralement bien intentionnés, et peut-être même par une suite de leurs bonnes intententions , sont extrêmement timides sur des objets de loi qu'ils entendent peu ; si timides que , sans l'assurance d'une extrême lenteur , il n'y auroit pas d'espérance de les engager à favoriser la mesure. Leur disposition est celle d'un voyageur qui, se trouvant de nuit dans un chemin dangereux, n'avance un pied qu'après avoir affermi l'autre. Il n'y a que le temps qui puisse dissiper les craintes de l'homme inexpérimenté, parce qu'il n'y a que le temps qui puisse éclairer l'ignorance.

CHAPITRE IV.

SOPHISME DES FAUSSES CONSOLATIONS OU

DES CONSOLATIONS VICAIRES (1).

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DIRE qu'il faut supporter certains maux, à
raison des avantages supérieurs qui en résultent;
présenter les côtés favorables en opposition
aux mauvais, pour faire une juste balance, ce
n'est point donner dans le sophisme des fausses
consolations: c'est, au contraire, la seule vraie'
consolation qu'admettent les affaires humaines
dans la vie publique et privée. . .

Mais quand on propose de soulager un mal, de reformer un abus, de faire cesser une oppression qui tombe sur quelque classe de la société, il n'est pas rare dans une Assemblée politique de voir quelque ennemi intéressé de la mesure qui cherche à l'écarter adroitement, ou à l'affoiblir, en opposant au tableau de ce mal ou de cetle injustice , soit le bonheur du peuple en général, soit ses avantages, compa rativement à d'autres pations. « A quoi pensez

(1) Voyez Théorie des Peines. T. I, p. 350. Des Peines vicaires.

(ad quieten). » vous de produire ces plaintes amères ! vous » vous faites tort à vous – mêmes, vous ne » rendez pas justice à votre heureux gouver

nement ; jetez les yeux sur la condition de » vos voisins. Considérez combien votre élat » est préférable au leur. Votre prospérité, *.» votre liberté, votre commerce vous rendent » un objet d'envie, et quand on veut donner » des leçons aux autres peuples, c'est vous » qu'on prend pour modèles. »

C'est ainsi qu’on parvient trop souvent à donner le change à une Assemblée, à la rendre indifférente sur des maux réels, à détourner son attention d'un objet qui l'humilie vers un tableau plus agréable et plus flatteur.

Aucun argument n'est plus étranger à la question. Si je souffre d'un mal qu'on puisse faire cesser, le bonheur universel du genre humain ne seroit pas une raison pour mie laisser en souffrance.

L'individu qui se paie si facilement de cet argument, quand il s'agit d'autrui, le recevroitil pour lui-même ? Prenez l'Orateur qui vient de le soutenir , et qui en paroît si satisfait. Que son fermier, ne lui payant pas sa rente, prétendît le consoler par la prospérité générale du pays, seroit-il disposé à accepter ce

mode de remboursement ? Que diroit un Juge si, dans une action pour donimage, un Avocat opposoit les bénéfices d'un tiers, comme un moyen de non-recevoir? A, partie lésée, ne doit pas être indemnisé , parce que B. et C: sont en gain.

Si ce raisonnement seroit impertinent dans une Cour de Justice, que doit-il être dans une, Assemblée Législative ? Ce que le commerce sur la plus grande échelle est au plus petit trafic , n'est qu'une foible image de l'importance comparative des besoins pour lesquels on s'adresse au Législateur et au. Juge. L'injustice du Législateur qui refuse une loi convenable, est à celle du Juge. qui refuse de, juger , ce qu'est une banqueroute générale au refus de payer une dette privée. .. "

On ne sauroit imaginer un cas possible, où l'on pût tirer de cet argument une objection sérieuse contre la plus petite amélioration, ou le soulagement du plus petit mal. Supposez un projet de loi pour amender une route ou en ouvrir une nouvelle. - Peut-il entrer dans la tête d'un homme en son bon sens, de s'y opposer sans alléguer aucune autre raison que le grand nombre ou la bonté des routes déjà établies ? ; ' ; .ceskest ja

son

S

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