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sans le consentement commun de tous les confédérés, ni sans que chacun d'eux y fût compris. On est surpris que cette ligue soit restée si bien cachée, que l'empereur et ses ministres n'en aient pas eu le moindre soupçon. Tout à coup, Henri II marcha sur le Rhin, publiant partout des proclamations où il prenait le titre de vengeur de la liberté germanique, vindex libertatis germanicæ, et principum captivorum. En traversant la Lorraine, il s'empara, en 1552, des villes de Metz, Toul et Verdun, qui sont restées depuis sous la domination de la France, ainsi que les trois évêchés dont elles étaient les siéges.

De son côté, Maurice, pour ne pas laisser le temps à l'empereur de rassembler des troupes, dirigea sa marche, avec toute la célérité possible, sur Augsbourg, et s'en rendit maître le 4 avril 1552. Il pénétra ensuite dans le Tyrol, dont il força les défilés; et, se portant directement sur Inspruck, il faillit y surprendre l'empereur, qui, tourmenté par la goutte, eut à peine le temps de fuir. .

-On conçoit aisément l'étonnement et la consternation de ce prince, dont toute la gloire paraissait éclipsée par l'effet d'une négligence et d'une crédulité qui pouvaient l'exposer au mépris public, et qui le mettaient dans le cas de recevoir la loi de ceux auxquels il avait, peu auparavant, commandé en maître. Cédant à la force des circonstances, il eut recours à la médiation de son frère Ferdinand, qui, par sa modération, avait su se concilier l'amitié des protestants... Ferdinand conclut, le 12 août 1552, avec les confédérés, la transaction de Passau.

Par cette transaction, l'empereur mit en liberté le

· GEORGII ARNOLDI vita Mauritii , in MENCKENII Script., tom. II, p. 1232, SLEIDANUS, THUANUS.

landgrave de Hesse, et s'engagea à convoquer, dans l'espace de six mois, une diète , afin d'y aviser aux moyens de terminer à l'amiable les différends en fait de religion. On eut grand soin de stipuler que si l'on ne parvenait point, dans cette diète, à la réunion des deux religions, la paix n'en subsisterait pas moins entre les deux partis, et que, dans l'intervalle qui s'écoulerait jusqu'à la réunion de la diète, il ne serait exercé aucune violence contre les princes attachés à la confession d'Augsbourg. Une clause de cette transaction, à laquelle les confédérés mettaient une grande importance, regarde la Chambre impériale, qu'ils taxaient de partialité. Il fut convenu que cette Cour administrerait également la justice; qu'elle serait en partie composée d'assesseurs protestants, et que, dans les matières de religion, la pluralité des voix ne déciderait pas ?.

En contravention manifeste aux engagements qu'il avait pris par le traité de Chambord , Maurice signa cette transaction sans le concours du roi de France. La postérité, qui juge d'après les résultats, lui a pardonné cette perfidie, par laquelle l'électeur renversa les vastes projets de l'empereur, sauva la constitution germanique, et obligea l'empereur à renoncer au plan qu'il avait formé de rendre l'autorité impériale absolue et héréditaire dans sa maison. Cette paix réconcilia surtout Maurice avec le parti protestant, qui , affranchi des règlements de Charles-Quint, lui dut ainsi de ne pas succomber.

Peu après la transaction de Passau, l'empereur, débarrassé de Maurice, tourna ses armes contre la France dont il brûlait de se venger. Vers la fin d'oc

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" Du Mont, tom. IV, part. III, p. 42, donne la transaction de Passau en latin. Elle se trouve en allemand dans les recès de l'Empire, et par extrait dans SCHMAUSS, C. J. publ. acad., p. 147.

tobre 1552, il entreprit lui-même le siége de Metz, contre l'avis de ses meilleurs généraux, qui lui représentèrent en vain le danger auquel l'exposaient la saison avancée et les difficultés de l'entreprise. Aussi échoua-t-elle complétement par l'habileté et la bravoure de François, duc de Guise, qui commandait dans la ville et qui rendit inutiles tous les efforts des assiégeants. L'empereur fut obligé de lever le siége au commencement de janvier 1553, pour faire sa retraite dans les Pays-Bas, où il continua la guerre contre la France jusqu'en 1556, qu'elle fut terminée par la trêve de Vaucelles.

Pendant que l'empereur était occupé de cette guerre, Albert lAlcibiade, margrave de Brandebourg en Franconie, guerroyait pour son compte en Empire. Ce prince, qui avait été l'allié de Maurice contre CharlesQuint, ayant désapprouvé la transaction de Passau, refusait de mettre bas les armes, continuait ses courses en Allemagne, et poursuivait de sa haine les évêques de Franconie et du Rhin. Toutes les représentations qu'on lui fit ayant été infructueuses, la Chambre impériale le proscrivit, et plusieurs princes se réunirent contre lui, sous la conduite de l'électeur de Saxe. Maurice remporta en 1553, une victoire complète; mais blessé pendant l'action, il termina sa carrière deux jours après, dans la trente-deuxième année de son âge, et la sixième de son élévation à l'électorat. . Mauricé n'ayant point laissé de fils, l'électorat passa à son frère Auguste, qui en avait été investi conjointement avec lui, à la diète d'Augsbourg, en 1548. Le vieil électeur Jean-Frédéric réclama hautement l'électorat dont il avait été arbitrairement dépouillé. Il s'ouvrit entre les deux princes une négociation sous la médiation du roi de Danemark. Un traité, signé en 1554, à Naumbourg, conserva l'électorat à Auguste pour lui et ses descendants mâles; et il fut stipulé qu'à leur défaut, il reviendrait à la branche aînée, c'est-à-dire à Jean-Frédéric et à ses descendants mâles. Pour assurer, en attendant, à cette branche une existence honorable, Auguste ajouta plusieurs bailliages à ceux que la capitulation de Wittemberg avait laissés à Jean-Frédéric et à ses fils. Telle est l'origine des États qu'on appelle aujourd'hui grand-duché de Weimar, duchés de Cobourg et Gotha, Meiningen, Altenbourg.

- La guerre de France et les troubles intérieurs de l'empire retardèrent la convocation de la diète, qui devait régler définitivement la paix entre les adhérents des deux religions. L'empereur comptait s'y trouver en personne; mais le dépérissement de sa santé, et la résolution qu'il avait prise d'abdiquer toutes ses couronnes, le décidèrent enfin à abandonner à son frère Ferdinand le soin de pacifier l'empire.

Ferdinand convoqua, en 1555, une diète à Augsbourg, et parvint, à la suite d'une négociation trèsdifficile, à conclure la Paix de religion, dont nous allons rapporter les articles principaux.

1° Les États catholiques laisseront ceux de la Confession d'Augsbourg, y compris la noblesse immédiate; et vice versa, les États de la Confession d'Augsbourg laisseront les États catholiques dans le libre exercice de leur religion, sans jamais user de violence, ni chercher à induire réciproquement les sujets, par des voies directes ou indirectes, à changer de religion, ni enfin tenter, autrement que par des voies amicales, la réunion des deux religions.

2° Les biens ecclésiastiques médiats, dont les princes et les États protestants se seraient emparés et qu'ils auraient détournés de l'usage auquel ils avaient été originairement consacrés, resteront entre les mains

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des possesseurs actuels et sur le pied où ils se trouvent. En vertu de cette clause, tous les couvents et autres fondations que les princes protestants avaient sécularisés dans leurs États, antérieurement à la transaction de Passau et de la Paix de religion, furent à jamais enlevés à l'Église catholique.

3° La juridiction ecclésiastique du clergé romain est suspendue à l'égard des adhérents de la confession d'Augsbourg, sauf pour les électeurs, princes et communautés ecclésiastiques, leurs revenus, dîmes, fiefs et autres droits dans les territoires des princes protestants.

4° Les sujets qui professeraient une autre religion que celle de leur seigneur, jouiront de la liberté de sortir du pays. .

5° Ceux qui ne seraient ni de la religion catholique, ni de la confession d'Augsbourg, ne pourront point réclamer en leur faveur les dispositions de cette paix.

6° Si la réunion des deux religions ne pouvait se faire ni par un concile, ni par d'autres voies amicales, la paix n'en restera pas moins dans toute sa force et vigueur.

7° Tout ecclésiastique qui renoncera à l'ancienne religion pour embrasser la confession d’Augsbourg, perdra son bénéfice, sauf son honneur. Cette clause, qui essuya les plus vives contradictions, est connue sous le nom de réserve ecclésiastique.

8° Enfin toutes les peines statuées contre les infracteurs de la paix publique, sont étendues à ceux qui troubleront la paix de religion'.

La Paix de religion, renouvelée depuis et confirmée dans plusieurs diètes subséquentes, fournit ample matière à contestations. Chaque parti en interpréta les

"Voy. cet acte dans SCHMAUSS, C. J. publ. acad., p. 157.

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