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États sont enfin forcés de se liguer contre la France qui, longtemps maîtresse en Europe, est à son tour vaincue et deux fois envahie. Après la chute de l'Empire, les puissances, d'un concert unanime, remplacent l'ancien système de l'équilibre par une politique nouvelle, et fondent plusieurs monarchies destinées à contenir, par leur union, l'ambition de celles qui tenteraient désormais de troubler le repos du monde.

Cette période présente deux époques distinctes.

PREMIÈRE ÉPOQUE.

10 1791-1804.-L'alliance contractée par quelques puissances dans le but d'opposer une digue aux principes révolutionnaires, et le refus des princes d'Allemagne d'accepter une indemnité pour les pertes que le gouvernement français leur avait fait éprouver, sert de prétexte à la déclaration de guerre de 1792; mais en réalité, la minorité de l'assemblée législative l'avait suscitée, parce qu'elle voyait dans les troubles un moyen de renverser la monarchie. Toutes les puissances de l'Europe, excepté la Porte et quelques Etats secondaires, prennent les armes contre la France et forment la première coalition. Ce n'était pas seulement la lutte des champs de bataille, c'était le combat d'éléments politiques entièrement opposés. Le parti dominant en France détruit d'un seul coup le système adopté jusqu'alors des armées de ligne; il proclame ce principe fondamental, plus fécond que la plus éclatante victoire : tout citoyen est soldat ; c'est ainsi que la guerre et l'art de la guerre reçoivent une forme toute nouvelle et terrible.

Les germes de division naissent entre les alliés; la Prusse promptement épuisée se retire de la coalition; l'Espagne suit bientôt son exemple, et ces deux puissances signent la paix de Bâle (1795). Les victoires des armées françaises forcent les princes d'Italie à racheter successivement la tranquillité par le sacrifice d'une partie de leurs États et par celui de leurs trésors. L'Autriche seule, soutenue par les subsides de l'Angleterre, persévère dans la lutte. Mais ce n'était pas en Allemagne que devait être décidé le sort de l'Autriche; l'Italie devient le théâtre principal de la guerre, où pour la première fois apparaît le génie de Bonaparte. Une campagne lui donne l'Italie, une seconde lui donne la paix, et, par le traité de Campo-Formio, la France acquiert le Rhin pour limite. C'est alors qu'on voit parfaitement caractérisé le système des maîtres de ce pays, de s'enfermer dans une limite naturelle. Un autre système, qui date encore de ce traité, consistait à entourer la France de républiques subordonnées à une métropole commune, et qui pussent lui servir de garantie contre les grandes monarchies. L'exécution de ces deux plans peut être regardée comme le résultat de la tentative échouée de la première coalition.

L'Autriche n'avait traité que pour ses possessions héréditaires; les intérêts de l'Empire devaient être discutés dans un congrès, qui reste vainement assemblé à Rastadt depuis la fin de 1797 jusqu'en 1799. La double prétention de la France tendait à lui assurer l'influence militaire par la cession de toute la rive gauche, et l'influence politique par la sécularisation, prise pour base de l'indemnité des princes dépossédés.

Une seconde coalition (1799) se forme contre la France. La Russie qui la provoque, l'Angleterre, l'Autriche qui se partagent les principaux rôles, entraînent avec elles l'Empire, les Deux-Siciles et le Portugal : la Porte elle-même descend dans l'arène pour venger l'outrage fait à son honneur par l'invasion

d'une de ses provinces les plus fertiles. La plus ancienne alliance de l'Europe se trouve ainsi rompue; et cependant l'année ne devait pas finir sans que la coalition tombât d'elle-même en ruine.

La Suisse, libre au milieu de l'Europe depuis trois siècles, n'avait pris aucune part aux intérêts qui ont · agité le continent. Peu de semaines suffisent pour ren

verser cette ancienne confédération, dont la neutralitě avait été regardée jusque-là comme sacrée. Une seule république remplace les cantons en 1789; la guerre et les factions continuent à désoler le pays; mais en 1808, l'acte de médiation de la France viendra rendre à l'Helvétie sa constitution et le repos.

Le règlement des indemnités de l'Allemagne se représente, et ouvre un vaste champ à la diplomatie. Un congrès solennel s'assemble à Ratisbonne (1802-1803) sous la médiation de la France et de la Russie. Le recès de la députation de l'Empire, du 25 février 1803, a été le dernier statut fondamental de l'Allemagne; on le croyait établi à jamais, mais le premier orage renversa l'édifice; il restait bien une agrégation d'Etats avec le nom d'Empire d'Allemagne, un chef avec le titre d'empereur, mais l'ancien Empire germanique n'existait plus.

Dans le même temps, le vaisseau qui portait le destin de l'Europe quitte l'Égypte et aborde à Fréjus. Bientôt après, le coup d'État est consommé. Une de ces entreprises qui offrent à l'homme capable de les tenter trois chances séduisantes ou terribles, la couronne civique, le trône ou l'échafaud, l'audacieuse conception du 18 brumaire réalisera en quelque sorte tour à tour ces trois chances pour le général Bonaparte. La couronne civique va d'abord ceindre son front républicain. Un trône s'élèvera pour lui, dont la splendeur éclipsera tous les trônes. Que sera le rocher

TOON
VII

de Sainte-Hélène, sinon l'échafaud de la gloire et du génie? Bonaparte gouverne donc la France sous le titre de premier consul : ses premiers efforts se dirigent contre les armées étrangères qui menacent d'une invasion ; il ranime le courage des soldats, et les conduit à la victoire. L'Autriche conclut la paix à Lunéville (1801); la Russie se réconcilie avec la France par le traité de Paris; la Grande-Bretagne même signe la paix d'Amiens (1802), et la Porte ottomane suit cet exemple.

Pendant cette époque, les rapports des différents États du Nord changent totalement par l'alliance de l'Autriche avec la Russie, et par la rupture de cette dernière puissance avec la Prusse. Ces combinaisons amènent d'abord la guerre de la Russie et de l'Autriche contre les Turcs, commencée en 1787, et terminée par les traités de Sistow (1791) pour l'Autriche, et de Yassy (1792) pour la Russie; en second lieu, par la guerre qui éclate (1788) entre la Suède et la Russie, et finit par la paix de Werela (1790); enfin par l'entière dissolution du royaume de Pologne (1794) qui, préparée depuis trente ans, fut uniquement l'ouvrage de la grande Catherine.

DEUXIÈME ÉPOQUE.

2° 1804-1818. Cette dernière partie de la période s'ouvre par le couronnement de l'empereur Napoléon. L'Europe n'a pas joui de la paix plus d'une année que déjà la guerre éclate entre l'Angleterre et la France, en mai 1803. Le continent ne prend part aux hostilités qu'en 1805, où se forme, la troisième coalition; mais tous les alliés ne sont pas encore déclarés que déjà la paix de Presbourg est venue la dissoudre (1805).

Une des conséquences les plus importantes de ce traité, fut la dissolution effective de l'Empire germanique. Mais le même acte qui annonçait à la Diète l'anéantissement de l'ancienne Union, lui apprenait que les princes du midi de l'Allemagne en avaient formé une nouvelle sous le titre de Confédération du Rhin, et que Napoléon en était le Protecteur (1806). C'est alors que parut manifeste le projet de domination

en partie immédiate, en partie indirecte, sur toute en l'Europe, sous le titre de Système fédératif européen.

La moitié de l'Allemagne se trouve occupée par des armées françaises, et des liens de fer attachent tous les États au nouvel empire. C'est ainsi que se trouve préparée la ruine de la Prusse isolée. Tant que cette puissance était debout, Napoléon ne pouvait régner en Allemagne. Ce que l'on appelle improprement la quatrième coalition s'organise; à léna (oct. 1806), d'un seul coup, elle est anéantie. Jamais, dans les temps modernes, une seule bataille n'avait aussi complétement bouleversé un empire. Avec la Prusse tombe le rempart de la Russie. Cependant Napoléon est sur la Vistule, et elle a ses frontières à défendre. Pultusk, Eylau, deviennent l'arène de combats acharnés; mais la bataille décisive de Friedland force à la retraite les armées russe et prussienne. Un armistice suspend les combats. Les deux empereurs se rencontrent sur le Niémen. La paix de Tilsitt est signée (1807). On dut croire alors que la domination universelle sur le continent était établie. La Russie semble avoir perdu son influence pour jamais : le duché de Varsovie, érigé à sa frontière, lui montre un rival jaloux de s'agrandir; la Prusse est détruite; l'Allemagne, enchaînée à la France par l'extension de la Confédération du Rhin, et par la création du royaume de Westphalie, aux dépens de la Prusse, du Hanovre, de la Hesse et de

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