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les chemins de fer, sur les caisses d'épargne, sur le jeu, sur les moyens d'atténuer l'alcoolisme? Presque tous les pères de la doctrine libérale ont admis, dans une mesure variable, l'action économique du gouvernement. Le plus illustre de tous, Turgot, a fait cette déclaration : « Le pauvre a droit à une part de l'abondance du riche ». Il a créé en qualité d'intendant du Limousin des « ateliers de charité», et fait exécuter des travaux au compte de la province et de l'État, pour donner du travail aux ouvriers sans emploi. Il a, enfin, écrit un article sur les fondations — que cite M. Neymarck, dans son livre si remarquable, qui est un véritable exposé de doctrine socialiste.

M. Courtois a dit que le socialisme ne procédait que par hypothèse : mais c'est l'école libérale qui procède ainsi? Où donc, en effet, a-t-elle pu observer les effets du système du « laissez faire, laissez passer » ? Dans quel pays a-t-il jamais été appliqué. Où l'est-il actuellement ? Ce sont les socialistes qui peuvent revendiquer le bénéfice de l'observation et de l'expérience; cela n'a sans doute été, et ce n'est encore le plus souvent que de l'empirisme, mais l'empirisme, qui est l'expérience non méthodique, est supérieur à l'hypothèse pure et simple, — qu'il ne faut pas cependant proscrire, car elle est une excellente méthode de recherches. Peut-on dire que, dans les applications faites partiellement de la méthode libérale et de la méthode autoritaire, celle-là s'est toujours trouvée supérieure à celleci? Sans doute, il y a des cas où cette supériorité s'est manifestée, dans le cas des échanges internationaux, par exemple. Mais il est d'autres ordres de phénomènes, ceux relatifs à l'organisation des chemins de fer, notamment, où la liberté pure et simple a completement échoué. On a essayé, pour les chemins de fer, du système de la liberté en Angleterre et aux États-Unis, et en ce moment, on procède, dans ces deux pays, à une série de réformes qui auront pour conséquence d'amener une organisation analogue à celle que la logique et la pondération de l'esprit français ont instituée théoriquement. L'organisation française des chemins de fer, la meilleure qui existe au monde, qui serait parfaite si le personnel avait des garanties légales, est essentiellement socialiste. Elle repose, non sur l'exécution du service des transports par l'État, mais sur l'intervention de celui-ci, à titre de régulateur et d'arbitre désintéressé dans les relations du public et des compagnies.

Mais, dit-on, le socialisme n'existe pas en tant que doctrine, puisqu'on voit diverses écoles, ou plutôt diverses sectes qui préconisent des systèmes différents, et s'excommunient entre elles. Estce que les diverses églises chrétiennes ne prosessent pas des doctrines différentes ? Est-ce qu'elles ne s'excommunient pas entre elles ?

Et cependant, elles ont pour principe commun, la croyance à la parole du Christ. Il en est de même dans toutes les autres grandes religions : le brahmanisme, le boudhisme, l'islamisme. Ce n'est pas là une question religieuse, mais une question de sociologie, c'est-à-dire de science. Il en est de même pour les socialistes. Tous leurs systèmes reposent sur l'action de l'autorité sociale, comprise de manières différentes et appliquée dans des mesures diverses. Depuis les communistes conventuels de l'école de Cabet, de Louis Blanc ou de Napoléon III, jusqu'au fouriérisme, qui repose sur l'association du capital, du travail, du talent en même temps que sur le travail attrayant, il y a toute une gamme d'écoles, qui font application du même principe. M. Limousin revendique l'honneur d'avoir été le premier à découvrir et à signaler ce principe commun, qui est aujourd'hui admis par tous les écrivains socialistes. Ce qui a mis l'orateur sur la voie pour cette détermination, ce sont les discussions entre les économistes libéraux et les socialistes en général, notamment les écrits de Bastiat, lequel oppose les faits naturels aux faits artificiels. — Bastiat aurait eu plus raison de dire : les phénomènes spontanés de la nature, et les phénomènes provoqués, car les phénomènes artificiels, puisqu'ils se produisent, sont naturels. Rien de ce qui est possible n'est contraire à la Nature. Les lois de la Nature, c'est le code, qui ne sera jamais entièrement connu, des phénomènes possibles et rien de ce qui est impossible n'est possible.

M. Courtois a dit que le socialisme n'était pas et ne pouvait pas être une science; non, sans doute, car la science c'est l'économie politique, dont le socialisme, scientifiquement compris, ne peut être que l'application. Pour cette raison, l'économie politique et le socialisme ne peuvent pas être contradictoires, pas plus que la chimie, la physique, la mécanique appliquées ne peuvent être contradictoires avec la chimie, la physique, la mécanique, sciences pures.

M. Georges Renaud trouve que la discussion prouve ceci : c'est qu'on en arrive, à l'heure actuelle, à ne plus savoir ce que c'est que le socialisme, et que le socialisme change de forme avec chaque individu.

En somme, si socialisme il y a, son principe général est l'intervention, et pourtant beaucoup de socialistes se défendent d'être des interventionnistes.

Quant à appeler socialisme l'économie politique appliquée, ainsi que le voudrait M. Limousin, rien d'impossible à cela : ce serait une convention de langage, et voilà tout.

M. Limousin explique que tous les écrivains dits socialistes ont pour base commune de leurs systèmes l'intervention de l'État. 4° SÉRIE, T. XXXIX. 15 juillet 1887.

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M. Frédéric Passy fait remarquer qu'une pareille discussion n'est pas facile à résumer.

D'après la position même de la question, il ne voit pas bien, pour son compte, cette contradiction essentielle dont on parle entre le socialisme et l'économie politique. Il dirait plutôt, avec M. Limousin, qu'il y a d'un côté des libéraux, de l'autre des autoritaires, qu'on peut opposer les uns aux autres. Tous, ils cherchent bien à observer les faits, mais les uns croient déduire légitimement des faits observés par eux la nécessité d'une intervention, souvent excessive, de l'État.

M. Frédéric Passy déclare, pour lui, être de ceux qui admettent, bien que libéraux, une intervention de l'autorité dans le domaine économique. Mais le groupe dont il fait partie à cet égard est d'avis que cette intervention de l'État doit avoir pour but de dégager la liberté des citoyens et non de la supprimer.

Nous, économistes, dit-il, c'est la liberté que nous considérons eomme le grand ressort ou le grand levier du monde ; c'est de lui que doit venir tout mouvement. Le vrai but de toute société doit être de dégager cette liberté des entraves multipliées pour l'enchainer. L'économie politique est comme l'hygiène, qui ne met pas la santé dans les corps, mais qui dégage et fortifie la vis médicatrix grâce à laquelle les forces de l'individu se développent, s'entretiennent et se régénèrent.

Il n'en faut pas moins reconnaître la nécessité d'une force supérieure, la justice, qui doit empêcher et punir les empiètements contre le droit. La séance est levée à onze heures vingt-cinq.

Le rédacteur du Compte rendu: CHARLES LETORT.

OUVRAGES PRÉSENTÉS

Note sur l'agriculture et les remontes de l'armée, adressée à la Commission du budget de 1888. (Signé : RICHARD (du Cantal])'.

Revue géographique internationale (Directeur : M. GEORGES RENAUD) 12e année, n° 139. Mai 1887.

Le logement de l'ouvrier et du pauvre, par ARTHUR RAFFALOVICH '. La science économique, par Yves Guyot. 2e éd., 67 graphiques *.

1 Paris, imp. de Noizette, 1887, in-8°.

Paris, 76, rue de la Pompe, in-4o. 3 Paris, Guillaumin et Ce, 1887, in-18. * Paris, Reinwald, 1887, in-16.

G. DU Petit-Thouars. L'État et l'Église. Esquisse d'une séparation libérale,'.

L'enseignement professionnel, industriel et commercial, par Georges SALOMON 2.

Annuaire de la Société philotechnique. Année, 1886. T. 453. La réforme de la législation des mines, par E. GRUNER. Les banques populaires. Conférence, par M. ALPH. COURTOIS. (Bulletin de l'Association républicaine du centenaire de 1789). Ministère du commerce et de l'industrie. Bulletin du Conseil supérieur de statistique. No 2. 2e session de 18866. La cooperazione italiana. Anno I. N. 1-57.

Reports from the Consuls of the United States. N° 76. Avril 1887 8. L'assist ance par le travail, MM. DE PRESSENSÉ, FR. PASSY, E. Robin.

La Cuestion de los bancos à la luz de la économia politica y del derecho constitucional, por el Lic. JOAQUIN D. CasassUS 10.

Informe sobre la Republica mexicana, por E. KOZHEVAR".

Buenos-Aires. Boletin mensual de estadistica municipal. Ano I. Abril 1887 '2.

Ministero di agricoltura, etc. Bollettino semetrale del credito cooperativo, ordinario, agrario e fondiario. Anno IV 1° semestre, 1886 13.

" Paris, Plon, 1887, in-8°.
2 Paris, Guillaumin et Ce, 1887, in-18.
3 Paris, Delagrave, 1887, in-8°.
Lille, imp. de Lefebvre-Ducrocq, 1887,1n-8°.
5 Paris, 51, rue Vivienne, 1887, in-8°,
6 Paris, Imp. nationale, 1887, in-8o.
i Milano, Via Crocifisso, 15, fol.
8 Washington, Governement printing Office, 1887, in-18.
9 Paris, Fischbacher, 1887 in-8°.
10 Mexico, impr. de F. Diaz de Leon, 1885, in-8°.
11 Mexico, 1887, in-8.
i. Buenos- Aires, impr. Europea, 1887, in-80.
13 Roma, tip. Eredi Botta, 1887.

SOCIÉTÉ DE STATISTIQUE DE PARIS

RÉUNION DU 15 JUIN 1887.

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DiscussION : Les transport3 fluviaux et terrestres. La question des routes

nationales, Les communes de moins de 50 habitants.

La séance est présidée par M. Yvernès, président.

La réunion vote l'admission de M. Kæchlin, de Mulhouse, comme membre titulaire.

Parmi les ouvrages reçus par la Société depuis la précédente séance, M. T. Loua, secrétaire général, signale le quinzième volume du Census des États-Unis, consacré à l'industrie minière. Il note encore le Compte général de la justice criminelle pour 1885, offert par M. Yvernès.

M. Cheysson demande à présenter quelques observations sur une communication antérieure de M. Limousin relative aux transports fluviaux et terrestres. Réservant à un débat ultérieur, si la Société le juge bon, les questions de principe que soulèvent les transports sur les diverses voies, il se borne à quelques renseignements de fait qui ont trait aux routes nationales. .

A l'aide des résultats des derniers recensements de la circulation et de leur traduction graphique sur des diagrammes qu'il soumet à la Société, M. Cheysson établit que, loin de décliner, l'importance des routes nationales parait depuis quelques années en voie de progression.

L'aliénation de l'excédent de largeur des routes serait aussi impraticable au point de vue technique qu'onéreuse au point de vue financier. Le capital de ces routes est depuis longtemps amorti, et quant aux frais annuels d'entretien, outre qu'ils sont déjà réduits à un taux à peine suffisant pour assurer la conservation des chaussées, il ne serait pas légitime de les imputer exclusivement sur le transport des choses, mais ilfaut aussi en reporter une partie sur la circulation des personnes (pietons, cavaliers et voyageurs) et des animaux (chevaux et bétail), qui empruntent le sol des routes. La qualité de l'entretien, d'où dépend le bon état des chaussées, a une telle importance, qu'une réduction d'un seul centime sur les frais du transport de la tonne kilométrique réalise pour le public une économie annuelle de 15 millions, I importe donc grandement à l'intérêt général de ne rien faire qui puisse porter atteinte à la qualité de cet entretien,

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