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que la lutte pour la vie n'est pas la loi de l'homme ni de la société. « La société humaine ayant pour but de produire les richesses spirituelles et matérielles échangeables, les services et les biens sociaux, n'est pas régie par la loi du fort contre le faible... Elle est, au contraire, fondée sur l'alliance des énergies individuelles et collectives, à laquelle la société a donné une autonomie par la loi du mien et du tien ».

Si la lutte pour la vie est une fable, si l'exploitation du faible par le fort est un mythe (très utile aux politiciens, il faut en convenir), il n'y a donc pas besoin de recourir à des forces occultes, supposé même qu'elles fussent efficaces, pour remédier à ces prétendus maux; il n'est donc pas nécessaire, comme on est trop porté à le croire, d'abaisser les grands pour élever les petits, de combattre le capital pour améliorer la condition du travailleur.

Le livre de M. Marescotti, bien pensé, est également bien écrit, et nous ne pouvons mieux terminer cette courte notice qu'en lui disant avec l'auteur: Và e affronta la pubblicità. Puisses-tu corriger les erreurs et modérer les ardeurs plus ou moins malsaines des croyants aux forces occultes en politique !

ROUXÉL

LA TENDENZA DELLE CLASSI SOCIALI INFERIORI NELLA SECONDA META' DEL SECOLO XIX, pel D' SANTANGELO Spoto IPPOLITO. In-8°. Palermo, Pedone-Lauriel, 1886.

La tendance des classes sociales inférieures dans la seconde moitié du xixe siècle doit évidemment avoir quelque analogie avec la tendance des classes sociales inférieures de tous les temps et même avec la tendance de l'homme en général. C'est donc avec raison que M. Santangelo commence son livre par l'étude de la tendance de l'homme, et continue en comparant les classes supérieures et les classes inférieures.

Il résulte de cette étude que l'homme, dans sa lutte contre la nature a la tendance, très développée dans les pays civilisés, à obtenir :

a) Une appropriation des agents naturels destinés à augmenter la satisfaction de ses besoins et à diminuer ses efforts;

b) Une appropriation des agents naturels destinés à rendre postérieurement plus facile la satisfaction de ses besoins.

Cette tendance est précisément celle des classes inférieures aussi bien que des supérieures. Les intransigeants et les réfractaires de l'écopomie l'accusent de jouer le socialisme; mais il faut s'entendre, il

y a socialisme et socialisme. Il y a bien un socialisme qui menace l'ordre social jusque dans ses fondements, qui insulte toutes les traditions de l'humanité, qui renie Dieu, la famille, les nations, etc., c'est le socia

lisme de K. Marx et de son Internationale; tout autre est le socialisme de M. Santangelo : il a pour but d'améliorer la condition des classes inférieures, sans bouleversements, sans désordres, sans révolutions et sans hécatombes, avec le seul concours des classes supérieures. C'est le socialisme représenté par l'Ecole de science sociale et par les Unions de pair sociale de Paris, fondées par Le Play.

Les classes inférieures sont donc socialistes, mais au lieu de recourir à la violence, elles manifestent leur tendance par l'association, la coopération. Ces associations ouvrières ; secours mutuels, sociétés coopératives de consommation, de crédit, de production, sont bien entachées d'un petit vice originel qui ressemble beaucoup à un péché d'envie : elles sont jalouses des capitalistes et s'organisent daifs l'intention de leur faire la guerre; mais il n'y a pas lieu de s'inquiéter de cela : en se développant et surtout en s'enrichissant, elles deviennent pacifiques, conservatrices,et aussi bourgeoises que les bourgeois les plus encroûtés.

« Une chose digne de remarque, dit M. Santangelo, c'est que les idées subversives et même les idées simplement démocratiques n'ont quasi aucune influence sur l'organisation et sur la vie pratique des associations ouvrières. La majeure partie de leurs statuts partagent les bénéfices en raison des contributions respectives, ce qui implique la reconnaissance du droit exclusif pour tout capitaliste de disposer comme il veut des fruits de son travail et de son épargne. Beaucoup de sociétés de production, spécialement en France, emploient même des ouvriers purement et simplement salariés, qui n'ont aucune part dans les dividendes éventuels, ni dans les fonds communs de l'association ».

Nous croyons, conclut l'auteur, que les sociétés ouvrières ne sont pas une menace pour l'ordre économique, et encore moins pour l'ordre social.

Il ne s'agit donc, pour satisfaire la tendance des classes inférieures et résoudre définitivement la question sociale, que d'enrichir toutes ces sociétés ouvrières. Mais qui devra et pourra réaliser cet idéal? Quel est, en présence de cette tendance à l'égalité dans la richesse, le devoir des ouvriers, celui des capitalistes, celui de l'Etat?

M. Santangelo conseille aux classes inférieures de régler (non pas réprimer) leur tendance physique à procréer; de développer leur tenpance intellectuelle à s'instruire. Les classes supérieures devront prêter leur concours, mais l'auteur n'entre dans aucun détail à ce sujet. Quant à l'Etat, tantôt il doit s'abstenir, tantôt il doit intervenir; en d'autres termes, il doit louvoyer entre le socialisme et l'individualisme. Reste à voir s'il le peut, car à l'impossible nul n'est tenu.

ROUXEL,

CHRONIQUE

La sup:

SOMMAIRE. – La loi militaire. Les économies budgétaires. La hausse

du prix du pain. Les droits compensateurs sur les alcools étrangers. Les mesures fiscales et autres destinées à empêcher l'invasion des étrangers en France. Le projet de loi sur les successions ab intestat. pression du monopole des poudres. — Le projet de M. Boysset sur la séparation de l'Eglise et de l'Etat. Colons et indigènes en Algérie.

La campagne de M. Léon Donnat contre le monopole des omnibus. — Le Land bill et le Crime's bill. Les droits régaliens en Hongrie. L'emprunt grec. Russification et anti-sémitisme.

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La Chambre des députés vient de discuter le projet de loi qui réduit à trois ans la durée du service militaire,en supprimant un certain nombre d'exemptions et de réductions du temps de service dont bénéficient les professions libérales en général et le clergé en particulier. Le but que les auteurs du projet se sont proposé d'atteindre, c'est d'obliger tous les Français valides à payer également l'impôt de la caserne et du sang, sans établir aucune distinction de fortune, d'éducation et de profession. Au point de vue de la justice en matière d'impôts, ils ont certainement raison. Quoi qu'aient pu dire les partisans des exemptions professionnelles, quelque bonnes raisons qu'ils aient pu invoquer en faveur de telle carrière ou de telle autre, toute exemption ou réduction des obligations du service militaire est entachée d'injustice, car on ne peut diminuer le fardeau des uns qu'en augmentant celui des autres. En outre, elle présente un inconvénient sur lequel on n'insiste peut-être pas assez, c'est d'attirer avec excès la jeunesse dans les carrières qui jouissent de cette sorte de privilège et de les encombrer. A la vérité, il est une de ces carrières, celle de la cléricature, qui se recrute avec une difficulté particulière, et à laquelle l'exemption du service militaire permet seule, assure-t-on, de remplir ses cadres; mais on peut se demander si les jeunes gens que ce privilège attire dans les seminaires et qui se garderaient d'y entrer autrement, possèdent bien la vocation nécessaire à leur état. Nous croyons donc que le principe du service qualifié de général et obligatoire est irréprochable, nous ajouterons que l'application rigoureuse de ce principe contribuerait plus efficacement que les prédications des amis de la paix à éteindre

les passions belliqueuses. Dans tout les pays civilisés ou réputés tels, la paix ou la guerre dépend avant tous de l'opinion des classes dirigeantes ou influentes. Or, le système de recrutement militaire qui a prévalu jusqu'à ces derniers temps atteignait à peine les classes dont l'opinion dirige finalement, sous tous les régimes, la politique de chaque gouvernement. Ces classes, dans lesquelles se trouvent concentrées la fortune et les lumières, ont continué à fournir en presque totalité les officiers de tous grades, qui s'engagent volontairement dans la carrière militaire et qui aspirent naturellement à faire la guerre. Quant aux jeunes gens des familles aisées qui préiéraient les carrières civiles et qui tiraient un mauvais numéro à la conscription, ils en étaient quittes pour acheter un remplaçant : c'était l'affaire de quelques milliers de francs, et dans les derniers temps, grâce aux compagnies d'assurances contre le service militaire, de quelques centaines de francs. Le même impôt qui enlevait sept années de leur vie aux gens peu favorisés de la fortune ne dérobait aux autres qu'une portion parfois insignifiante de leur revenu. Cette inégalité monstrueuse était fondée, chose curieuse, sur une théorie égalitaire. On supposait que la nature a fait tous les hommes égaux, qu’un Lacenaire ou un Marchandon est l'égal d’un Vincent-de-Paul et qu'il n'y a aucune différence de valeur entre un idiot et un académicien. Cela étant, il s'ensuivait qu'un jeune millionnaire en achetant un remplaçant fournissait son équivalent au service militaire et se trouvait quitte de ses obligations envers la patrie. Mais quel était le résultat? C'est

que les classes influentes n'avaient aucun intérêt à empêcher l'augmentation des contingents, qu'elles avaient plutôt même intérêt à les accroître, car l'accroissement du contingent élargissait le débouché ouvert aux familles assez aisées pour envoyer leurs enfants aux écoles militaires ou assez influentes pour les y faire entrer à petits frais; plus il y avait de soldats, plus il fallait d'officiers pour les commander. La guerre elle-même avait ses avantages; elle procurait de l'avancement et des honneurs qui rejaillissaient sur les familles possédant quelque membre dans la carrière militaire. Sans doute, toute guerre provoquait une augmentation des dépenses publiques; mais, grâce au développement merveilleux du crédit public, on y pourvoyait au moyen des emprunts, et quand les impôts actuels ne suffisaient pas au service des emprunts, on demandait un supplément de revenus aux taxes indirectes que l'on ne voit pas et qui pèsent principalement sur la multitude. Ce système, malgré ses beautés et ses commodités, a fini par provoquer une réaction dans les couches sociales inférieures qui en supportaient le poids. Il a

été abandonné en partie, le service militaire est devenu personnel et, malgré la foule des exemptions et diminutions dont les jeunes gens des classes influentes ont bénéficié sous un prétexte ou sous un autre, le service personnel a déjà singulièrement contribué à dépopulariser dans les régions moyennes et supérieures de la société le militarisme et la guerre.

Les auteurs du projet de réduction du service militaire à 3 ans ont voulu faire un pas de plus, en supprimant les inégalités de la législation actuelle; mais ils se sont heurtés à une difficulté qu'ils ne semblaient pas avoir prévue: la difficulté financière. Si tous les Français en âge de payer l'impôt du sang étaient astreints à passer trois ans sous les drapeaux, l'effectif en temps de paix, même en portant, comme le fait le projet de loi, les dispenses pour soutiens de famille au chiffre exagéré de 15 0/0, cet effectif atteindrait 493.000 hommes, tandis que les ressources du budget ne permettent pas d'incorporer plus de 380.000 à 400.000 hommes. Que faire done? Il faudrait, pour réduire l'effectif au chiffre des possibilités financières, abaisser d'un tiers, soit à 2 ans, la durée du service. Les auteurs du projet n'ont pas reculé, il faut le dire, devant cette conséquence de leur système; mais les hommes du métier les ont alors arrêtés au passage en leur opposant une raison qui a paru décisive à la Chambre, et qui pour. rait bien l'ètre en effet : c'est qu'une armée composée de soldats de deux ans n'est pas une armée, mais une simple garde nationale. La Chambre ayant donné raison sur ce point aux hommes du métier et repoussé cette réduction de fait du service à deux ans pour tous les contribuables de l'impôt du sang, il faudra bien, qu'on le veuille ou non, continuer à exempter du service militaire une portion du contingent annuel, c'est-à-dire perpétuer les restes du régime du privilège, dans l'acquittement du plus dur et du plus lourd des impôts.

En réalité, il n'y a qu'un moyen de concilier les exigences de la justice en matière d'impôts avec les possibilités financières, les intérèts des carrières libérales (sans oublier non plus les intérêts commerciaux) et les nécessités militaires: c'est de revenir pour la constitution de l'armée permanente au système du recrutement libre qui avait donné à l'ancienne France les armées de Saint-Quentin, de Denain et de Fontenay, sauf à la compléter par des milices sérieusement instruites et disciplinées.

Au nombre des nouveaux membres de la Société d'économie politique (voir plus haut le compte rendu de la Société) se trouve M. Rou

« EelmineJätka »