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PARIS
LIBRAIRIE GUILLAUMIN ET C, ÉDITEURS
de la Collection des principaux Économistes, des Économistes et Publicistes
contemporains, de la Bibliotbèque des sciences morales et politiques,

du Dictionnaire de l'Économie politique,
du Dictionnaire universel du Commerce et de la Navigation, etc.

14, RUE RICHELIEU, 14

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DES

ÉCONOMISTES

LES

TRAVAUX PUBLICS ET LE BUDGET

Pendant trop longtemps le gouvernement et les Chambres, imbus de l'idée que toute dépense faite par l'État augmente la prospérité ou la puissance du pays, se sont laissés entrainer aux prodigalités budgétaires. Une expérience chèrement acquise a révélé les dangers de ce système, personne n'en demande plus la continuation, et l'économie dans les dépenses publiques est devenue une nécessité. Or, le budget d'une de nos grandes administrations appelle, à ce point de vue, la plus sérieuse attention : c'est le budget 'des travaux publics. Malgré les réductions dont il a été l'objet depuis deux ans, il est trop élevé et il peut encore supporter d'importantes diminutions de crédits. Les hommes les plus expérimentés sont de cet avis et ils s'en sont expliqués à la tribune et dans la presse. Mais la lumière n'est pas encore faite dans tous les esprits, et des résistances se produiront. Il est donc utile d'apporter de nouveaux arguments à l'appui de la solution désirable et d'invoquer les leçons du passé. Quand, en effet, on étudie ce qui a été fait en France depuis un demi-siècle pour le développement des travaux publics, on reconnait que sous tous les régimes politiques, on a également cherché à favoriser les entreprises d'utilité générale, mais que les moyens employés pour arriver à leur réalisation ont été très différents et sont loin d'avoir donné les mêmes résultats.

En somme, deux systèmes sont en présence et ils ont été appliqués tour à tour. L'un a consisté à agir le plus possible dans la limite des ressources budgétaires normales, à n'user qu'avec prudence des

facilités que donne l'emprunt et à se tenir en garde contre une exagération de dépenses qui, tout en dotant rapidement le pays de nouveaux moyens de communication, aurait conduit à l'augmentation des impôts et compromis la situation financière. L'autre repose, au contraire, sur cette théorie : qu'une nation n'a jamais trop de chemins de fer, de ports et de canaux, que tout travail accroît la richesse publique, et que les charges résultant de l'exécution d'entreprises nouvelles peuvent très légitimement être rejetées sur les générations futures. Le premier de ces systèmes a eu, fort heureusement, une durée beaucoup plus longue que le second ; il a servi de règle aux pouvoirs publics jusqu'en 1878. Le second date donc de dix ans. Quels ont été les résultats de l'un et de l'autre ? C'est

que

les pages suivantes ont pour but de faire ressortir. Elles présentent un tableau succinct mais fidèle des sommes qui ont été successivement consacrées aux travaux publics, ainsi que des moyens financiers qui ont fourni les ressources nécessaires à leur exécution. Les chiffres que nous citons sont extraits du compte général de l'administration des finances, sauf en ce qui concerne les deux années 1886 et 1887, années pour lesquelles ils sont empruntés à divers rapports parlementaires et exposés des motifs. Nous avons adopté dans notre étude l'ordre chronologique, parce que les comparaisons d'une période avec une autre sont ainsi rendues plus faciles. Autant de gouvernements, autant de périodes; nous passerons par suite en revue l'æuvre de la Royauté libérale, de la seconde République, de l'Empire, de l'Assemblée nationale et de la République actuelle.

La Monarchie de juillet est, on le sait, le premier gouvernement qui ait donné une vive impulsion aux travaux publics. La Restauration, toute occupée à réparer les ruines de l'Empire, s'était surtout attachée à administrer avec économie ; son attention s'était toutefois portée sur l'amélioration des voies navigables, et grâce à des emprunts qui furent autorisés par les lois de 1821 et de 1822 et qui produisirent 128 millions, elle avait ouvert 700 kilomètres de canaux. Mais après la Révolution de 1830, on jugea que le moment était venu pour la France de multiplier sur son territoire les travaux productifs. L'industrie et le commerce ayant pris de l'importance, les populations demandaient que les relations entre les villes du royaume et avec l'étranger fussent facilitées. Aussi, dès que les troubles qui suivirent les journées de Juillet se furent un peu calmés, une loi du 27 juin 1833, due à l'initiative de M. Thiers, affecta des crédits, jusqu'à concurrence de 73 millions, à l'achèvement des canaux et des lacunes des routes royales, à l'ouverture de routes stratégiques

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