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CHAPITRE XXXVIII.

TRAITÉ DE PAIX DE VIENNE OU DE SCHOENBRUNN, DU 14 OCTOBRL 1809, ENTRE LA FRANCE ET L'AUTRlCHE.

La paix de Schœnbrünn termina la guerre qui, improprement qualifiée de cinquième coalition contre la France, était la quatrième tentative que faisait l'Autriche pour soustraire ses peuples et l'Europe entière au joug de Napoléon.

L'exemple d'une nation qui, longtemps méconnue, luttait, depuis près d'une année, contre toutes les forces de la France, avait excité dans les âmes de ceux qui pouvaient apprécier tant d'énergie, un enthousiasme qui fit croire à l'Autriche que le moment de la délivrance était arrivé. Mais cette puissance, que l'Angleterre ne put seconder comme elle l'aurait voulu, succomba sous les forces réunies du Continent, dont il semblait que les souverains fussent entraînés fatalement à river les fers qui les enchaînaient.

Nous diviserons ce chapitre en trois sections.

La première comprend le renversement du trône d'Espagne, la captivité de ses rois légitimes et le commencement de la guerre de la Péninsule; les deux autres sections sont consacrées à la guerre d'Autriche et aux transactions de Schœnbrünn.

SECTION PREMIÈRE.

RENVERSEMENT DU TRÔNE D'ESPAGNE,

« Un empire fondé comme celui de Napoléon ne peut jamais reposer sur des bases solides : une faute, un revers dans une campagne, l'exposent à chaque instant à des tempêtes que toute la vigueur de son chef est incapable de surmonter; il était donné à l'empereur des Français de fournir un mémorable exemple de cette vérité. C'est une ample matière à méditations que de voir le premier coup porté à la puissance de Napoleon, le coup qui décida par la suite de sa fortune, partir d'un point qu'il regardait, lui-même plus que tout le monde, comme le moins dangereux. »

« Cette malheureuse guerre m'a perdu. Toutes les circonstances de mes désastres viennent se rattacher à ce nœud fatal. Elle a compliqué mes embarras, divisé mes forces, ouvert une aile aux Anglais, détruit ma moralité en Europe. » (NAPoLÉoN, Mémorial de Las-Cases.)

Aperçu de l'anciemme puissance de l'Espagne. — Ses ministres veulent sauver le roi-martyr.—Avénement de Charles IV.—Don Manuel Godoy, duc de la Alcudia, premier ministre.—Portrait de ce favori.—Caractère du roi Charles IV.— Parti du Prince royal.— Effet produit sur le publie par le mariage de Godoy avec l'infante Marie-Thérèse de Bourbon. Asservissement de l'Espagne à la France. — Le plus grand forfait politique de Napoléon. — Son opinion erronée à l'égard des Espagnols. — Situation politique de l'Espagne au moment où Napoléon songe à s'en emparer.—Le parti de l'Opposition, ayant pour chefs le duc de l'Infantado et le chanoine don Juan Escoiquiz, trame le renversement du favori.-Le prince des Asturies adhère à ce projet.— Intrigues pour désunir la famille royale. - Le Prince royal sollicite la main d'une mièce de Napoléon. - Godoy apprend cette démarche par son agent, à Paris, don Eugenio Yzquierdo. —Accusation qu'il porte contre le Prince, qui est arrêté ainsi que ses partisans. — Charles IV pardonne à son fils, et les juges absolvent ses confidents. — Refroidissement de Napoléon pour Godoy. - Napoléon, à Milan, invite la reine d'Étrurie à partir pour Madrid. - Circonstance curieuse qui fait soupçonner à MM. de Melcy et de Labrador les projets de Napoléon sur l'Espagne. — Inquiétude de la Cour de Madrid. — Elle demande la main d'une princesse de la famille impériale. - Les troupes françaises pénètrent au cœur de l'Espagne.— Yzquierdo vient rendre compte à Madrid des projets supposés de Napoléon. - La cour d'Espagne prend la résolution de passer en Amérique. — Émeute qui éclate, le 19 mars, à Aranjuez. Godoy est arraché des mains du peuple et sauvé par le prince des Asturies. — Pillage du palais de Godoy, à Madrid.—Abdication du roi Charles IV en faveur de son fils, qui prend le nom de Ferdinand VII. - Il fait annoncer son avénement à Napoléon. - La reine d'Étrurie entre en correspondance avec Murat. Charles IV proteste contre son abdication. — Entrée de Ferdinand VII dans la capitale.— Intrigues pour éloigner le Roi de Madrid. — On prépare les appartements de Napoléon au palais royal. Insinuations du général Savary. Ferdinand VII se résout à aller audevant de Napoléon.—Personnages qui accompagnent le Roi à Bayonne. — Formation d'une Junte suprême de gouvernement. — Circonstance particulière qui détermine le départ du Roi. — Dépêche expédiée de Paris à Godoy, par Yzquierdo. — Récit du voyage du Roi. — Déception de Ferdinand VII en arrivant à Bayonne. Napoléon le déclare rebelle et lui enjoint de désigner un fondé de pouvoir.-M. de Cevallos, refusé, est remplacé par M. de Labrador. — Négociation de M. de Labrador avec M. de Champagny. —Conférence entre Napoléon et le conseiller d'État d'Escoiquiz. — Conditions offertes à Ferdinand VII en échange de sa renonciation. Charles IV arrive à Bayonne. — Moyens que l'on emploie pour fléchir Ferdinand VII. Double renonciation de ce prince.— Fameux traité de Bayonne, du 5 mai 1808, entre Napoléon et Charles IV; le général Duroc : le prince de la Paix. Ferdinand VII adhère à la cession du trône d'Espagne faite par son père. — Convention du 10 mai 1808, entre Napoléon et Ferdinand VII; le général Duroc : don Juan Escoiquiz. — Protestations de Ferdinand IV, roi de Naples et de Sicile, et de l'infant don Pedro. — Départ de la famille royale d'Espagne pour la France. — Le roi Charles IV, que Napoléon laisse dans la détresse à Marseille, est obligé de vendre ses diamants. — Représailles des Bourbons, en 1814. — M. de Vargas Laguna fait renvoyer en Espagne les pierreries de la reine Marie-Louise. — Les diamants de la couronne enlevés à Madrid, par Murat, estimés43 millions.— Le Conseil royal désigne Joseph Bonaparte comme successeur au trône d'Espagne. — Convocation à Bayonne d'une junte de 150 motables. — Cette assemblée accepte, le 7 juillet, la nouvelle Constitution octroyée par Napoléon. - Trois cent mille Français ou alliés succomberont pendant la guerre allumée pour soutenir le nouvel établissement.— Joseph part pour Madrid. — Traité secret de Bayonne, du 5 juillet 1808, entre Napoléon et Joseph Bonaparte; M. de Champagny : le duc de Gallo.— Le royaume de Naples est donné à Joachim Murat.— Statut constitutionnel du 15 juillet 1808. - Le grand-duché de Berg est rétrocédé à Napoléon. - La couronne d'Espagne proposée, antérieurement, au roi Louis Bonaparte. — Lettre de l'Empereur. — Insurrection du 2 mai à Madrid. — Décrets de Ferdinand VII, relatifs au commencement des hostilités et à la convocation des Cortès. — Lettre de ce prince au commandant de l'armée des Asturies.— Mouvements populaires dans les principales villes. Massacres et régime de la terreur. - Formation des juntes centrales. — La Junte suprême de Séville exerce le pouvoir souverain au nom de Ferdinand VII. — Elle déclare la guerre à Napoléon. Proclamation du 29 mai. — Déclaration du 6 juin.— Adresse de Palafox à Napoléon. — État des forces espagnoles. — Moyens de résistance à l'invasion.— Instructions générales pour les guérillas. — Principaux chefs de guérillas. - Curieux catéchisme populaire. - L'amiral Rosilly, retenu dans le port de Cadix, est obligé de capituler. — Expédition du général Moncey contre Valence, — Bataille de Medina del Rio Seco, du 14 juillet; maréchal Bessières sur le général Cuesta. — Combat et capitulation de Baylen, du 20 juillet; Castaños sur Dupont. Joseph Bonaparte abandonne Madrid le 1" août. — Belle proclamation de Castaños. — La ville de Saragosse assiégée depuis le 14 juin jusqu'au 13 août, par Lefebvre-Desnouettes, est défendue avec succès par Palafox. — Lettre fameuse de Palafox en réponse à une demande de soumission. — Le marquis de la Romana débarque à la Corogne.— Publication du gouvernement britannique annonçant le rétablissement de la paix avec l'Espagne. — Les Portugais suivent l'exemple de l'Espagne.— Commencement de l'insurrection, le 6 juin, à Oporto.— Expédition de sir Arthur Wellesley (Wellington) contre Lisbonne. — Le général Spencer arrive de Cadix et prend part aux opérations.— Combat de Rorissa, le 17 août ; sir Arthur Wellesley sur le général Laborde. — Bataille de Vimeiro, le 21 août; sir Arthur Wellesley sur le duc d'Abrantès. — Sir Hew Dalrymple prend le commandement de l'armée. — Armistice de Cintra, le 22 août, et convention de Lisbonne le 30.— Wellesley, Murray : Kellermann.— Jugement porté en Angleterre sur la convention de Cintra. — L'amiral Siniavine, par la convention du Tage, du 3 septembre, remet l'escadre russe à l'amiral Cotton. — Elle est rendue à l'empereur Alexandre, en 1814. — Nouveaux développements de la politique de Napoléon. — Message qu'il adresse au Sénat, le 4 septembre 1808.— Premier rapport fait à l'Empereur, le 24 avril, par le ministre des Relations Extérieures, Champagny. Second rapport, du 1" septembre.— Rapport fait à l'Empereur par le ministre de la guerre, comte d'Hunebourg. — Motifs du sénatus-consulte exposés par le comte Regnault de Saint-Jean d'Angely.— Rapport fait au Sénat par le comte de Lacépède. Napoléon fait proposer une entrevue à l'empereur Alexandre. Congrès d'Erfurth, en octobre 1808. — Principaux résultats des conférences des deux Empereurs. — Consentement donné par l'empereur Alexandre aux projets de Napoléon sur l'Espagne. — Adhésion de Napoléon à la réunion définitive des provinces moldo-valaques à l'empire russe. - Motifs de cette extension de limites. — Question du partage de la Turquie. — Projet de reconstituer les empires d'Orient et d'Occident. — Intervention de l'empereur Alexandre en faveur de la Prusse.—Accession du duc d'Oldenbourg à la confédération du Rhin. — Au moment de son départ de Saint-Pétersbourg, l'empereur Alexandre apprend le bombardement de Baltisch-Port.— Arrivée des deux Empereurs à Erfurth, le 27 septembre.—Les rois de Bavière, de Saxe, de Würtemberg, de Westphalie et soixante et onze princes se trouvent réunis à Erfurth.— Dignitaires et ministres d'État des premières puissances.— Circonstances diverses du séjour des souverains à Erfurth. — Motif du changement de l'ambassade russe à Paris. - Le prince Kourakine remplace le comte Tolstoi. Napoléon donne audience à l'Envoyé de l'empereur d'Autriche.— Convention secrète d'Erfurth, du 12 octobre 1808, entre la France et la Russie; le comte de Champagny : le comte Roumantsof. —Projet de nouer une négociation avec l'Angleterre. — Les souverains distribuent les décorations et présents d'usage.—Munificence d'Alexandre. —Axiome de Napoléon au sujet des présents diplomatiques.— Un mot de Louis XIV.—Séparation du Congrès, le 14 octobre. — Impressions que l'entrevue d'Erfurth laisse dans l'esprit de Napoléon.— Négociation pour la paix maritime.—Lettres d'Alexandre et de Napoléon à George III, 12 oclobre 1808.— Lettre d'accompagnement de MM. de Champagny et Roumantsof à M. Canning. — Note en réponse (28 octobre) de M. Canning, et lettre d'accompagement au comte Roumantsof. — Notes en réponse (28 novembre)des ministres de Russie et de France.— Dernières Notes de M. Canning (9 décembre), — Rupture des négociations.— Déclaration du roi d'Angleterre du 15 novembre 1808.—Seconde campagne de 1808 dans la Péninsule. — Formation de la Junte suprême centrale. — La grande armée envahit l'Espagne.— Napoléon arrive à Bayonne le 3 novembre. — Combat de Guenez, le 7 novembre ; les Français sur Blake.— Bataille de Burgos, le 10 novembre; maréchal Soult sur le comte de Belvéder. — Bataille d'Espinosa, les 10 et 11 novembre; maréchal Victor sur Blake et la Romana. — Bataille de Tudela, le 23 novembre ; maréchal Lannes sur Castaños. — Bataille de Somo-Sierra, le 30 novembre ; Napoléon sur San Juan. Napoléon s'établit à Chamartin. —Le prince de Neufchâtel somme Madrid de se rendre. —Vigoureux préparatifs de défense de la part des habitants. — Don Tomas Morla et don Bernardo Iriarte sont envoyés en parlementaires. — Relation de l'audience qu'ils obtiennent de l'Empereur. — Origine des préventions de Napoléon contre le président de la Junte centrale, Florida-Blanca. Napoléon et le célèbre diplomate de Rayneval. Occupation de Madrid par l'armée française.— L'Inquisition est abolie. — Napoléon instruit de la marche de l'armée anglaise sur Valladolid, se porte à sa rencontre.— Retraite du général Moore sur la Corogne.— Napoléon apprend à Benavente les armements de l'Autriche. — Le duc de Dalmatie est investi du commandement de l'armée.— Napoléon arrive à Paris le 23 janvier 1809.—Bataille de la Corogne le 16janvier; le maréchal Soult sur le général Moore, blessé mortellement. — Capitulation de la Corogne le 19. — Le maréchal Soult est maître de toute la province. — L'Angleterre conclut une alliance intime avec l'Espagne.—Traité de Londres du 14 janvier 1809; M. Canning : don Juan Ruiz de Apodaca. Considérations générales sur les événementsaccomplis dans la Péninsule.

Quelques lignes d'un grand écrivain doivent servir de préambule à notre récit. « Depuis la dernière moitié du xv° siècle jusqu'au commencement du xvII°, dit M. de Chateaubriand, l'Espagne fut la première nation de l'Europe : elle dota l'univers d'un nouveau monde; ses aventuriers furent de grands hommes ; ses capitaines devinrent les premiers généraux de la terre; elle imposa ses manières et jusqu'à ses vêtements aux diverses Cours; elle régnait dans les PaysBas par mariage, en Italie et en Portugal par conquête, en Allemagne par élection, en France par nos guerres civiles; elle menaça l'existence de l'Angleterre après avoir épousé la fille de Henri VIII, elle vit nos rois

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