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En supposant que des princes puissent ainsi disposer de leurs couronnes en faveur d'étrangers, sans consulter la nation de laquelle ils les tiennent, et qui rentre nécessairement dans ses droits primitifs, si elle est abandonnée par la dynastie qu'elle a choisie, il manquait néanmoins à la renonciation de Charles IV et des autres princes qui avaient signé les actes de Bayonne, le consentement de deux membres de la maison d'Espagne, auxquels ces actes ne pouvaient porter aucun préjudice. L'un était Ferdinand IV, roi des Deux-Siciles, frère de Charles IV; ce monarque couvrit ses droits par une protestation du 9 juillet 1808; l'autre était don Pedro, fils de Gabriel, frère puîné de Charles IV et de Ferdinand IV. Ce jeune prince s'était trouvé à Lisbonne, lorsque la Cour de Portugal s'embarqua pour Rio-Janeiro; il l'y accompagna, et échappa ainsi à la prison qui fut le sort réservé aux autres membres de sa famille*.

Peu après la signature du traité de Bayonne, Charles IV, la reine son épouse, la reine d'Étrurie leur fille, et ce prince de la Paix, l'auteur de cette triste catastrophe, furent conduits à Compiègne; mais, comme le vieux roi trouva le climat du nord de la France trop froid, on lui permit de se rendre à Marseille, où souvent il manqua du nécessaire". Ses fils, au lieu d'être installés au château de Navarre, obtinrent pour prison le château de Valençai, dont Napoléon disposait ainsi sans l'agrément du propriétaire, le prince de Talleyrand. Murat, que Charles IV, peu de jours avant son abdication, avait nommé son lieutenant général, gouvernait le royaume. Le 13 mai, il prévint le Conseil royal que, tous les droits à la couronne d'Espagne ayant été cédés à Napoléon et devant passer à un de ses frères, Napoléon désirait que le Conseil fît connaître celui à qui il donnait la préférence; bien entendu que, par cette désignation, le Conseil ne serait pas censé approuver ou désapprouver les précédents traités, et sans préjudice des droits de Charles IV et de ses fils. Le Conseil répondit, le même jour, qu'il lui paraissait convenable que le choix tombât sur le frère aîné de Napoléon. Le Conseil fut obligé d'envoyer cette déclaration à Bayonne par deux de ses membres, don Josef Colon et don Manuel de Lardizabal. Une proclamation de Napoléon du 25 mai appela à Bayonne une Junte, composée de cent cinquante Espagnols notables, pour donner à l'usurpation un air de légitimité". Elle s'assembla le 15 juin; mais, dès le 6, Napoléon avait nommé roi d'Espagne son frère Joseph, qu'il avait fait revenir de Naples. On proposa à la Junte une Constitution, qu'elle accepta le 7 juillet, et le surlendemain le nouveau Roi partit pour occuper un trône que des torrents de sang répandus pour une cause si injuste ne purent affermir".

" L'infant don PEDRo, marié à la fille aînée du Prince régent, depuis JEAN VI, roi de Portugal, est mort au Brésil le 4 juin 1812, laissant un fils, don SÉBASTIEN, né le 4 novembre 1811, et aujourd'hui grand prieur de Saint-Jean.

* Lorsque le roi CHARLEs IV et sa femme s'étaient rendus d'Aranjuez à Bayonne, le Roi n'avait pour son usage que quelques bijoux, consistant en une ganse de brillants pour le chapeau, une garniture de boutons d'habits, une poignée d'épée et d'autres menus objets. Tout cela fut vendu à Marseille, parce que NAPoLÉoN ne donna pas les sommes promises, tant qu'il sut que le Roi avait quelques valeurs à sa disposition. Cette circonstance explique pourquoi NAPoLÉoN fut mal venu à se plaindre, en 1814, de l'inexécution, par les BoURBoNs, des clauses du traité de Fontainebleau, relatives aux sommes promises. Quant à la reine MARIE-LoUISE, elle avait rapporté pour six millions de pierreries, et elle avait remis ces joyaux à M"° TUDo qui, après la mort de la Reine, épousa GoDoY. M. de VARGAs LAGUNA, ministre d'Espagne à Rome, qui devait sa fortune à GoDoY, mais qui était un de ces hommes ne transigeant jamais avec leur devoir, parla si fermement à CHARLES IV de l'obligation où il était de faire rendre à la couronne d'Espagne ce qui lui appartenait, qu'il finit par l'obtenir; les diamants furent donc envoyés à Madrid, où ils furent partagés entre les princesses, d'après la volonté d'une des infantes, à l'influence de laquelle personne ne résistait. Les autres trésors que la Cour possédait en pierreries, avaient été enlevés par MURAT, le 2 mai 1808. Un Piémontais, ministre de NAPoLÉoN à Naples pendant le règne de MURAT, assurait que les diamants avaient été estimés quarante-trois millions ! Cette estimation paraît un peu élevée, mais la couronne devait être riche en joyaux dans un pays où elle disposait de tout sans contrôle, et où le Mexique et le Pérou avaient versé soixante-deux milliards.

* Voici qu'elle était la composition de cette Assemblée :

Miguel Josef de AzANZA, Mariano Luis de URQUIJo, Antonio RANz RoMANILLos, Josef CoLoN, Manuel de LARDIzABAL, Sebastian de ToRRES, Ignacio Martinez de VILLELA, Domingo CERvINo, Luis IDIAQUEz, Andres de HERRAsTI, Pedro de PoRRAs, le prince de CAsTELFRANCo, le duc de DEL PARQUE, l'archevêque de BURGos, Fr. Miguelde ACEvEDo, vicaire général de Saint-François, Fr. Jorge REY, vicaire général de SaintAugustin, Fr. Augustin PEREz de Valladolid, général de Saint-Jean de Dieu, F. le duc de FRIAs, F. le duc de HIJAR, F. le comte d'ORGAz, J. le marquis de SANTACRÛz, V. le comte de FERNAN NUNEz, M. le comte de SANTA CoLoMA , le marquis de CASTELLANos, le marquis de BENDANA, Miguel EscUDERo, Luis GAINZA, Juan José Maria de LARDIzABAL, le marquis de MoNTEHERMoso, comte de Treviana, Vicente del CASTILLo, Simon Perez de CEVALLos, Luis SAIz, Damaso Castillo LARRoY, Cristobal CLADERA, Josef Joaquin del MoRAL, Francisco Antonio ZEA, Josef Ramon Mila de la RoCA, Ignacio de TExADA, Nicolas de HERRERA, Tomas la PENA, Ramon Maria de ADURRIAGA, D. Manuel de PELAYo, Manuel Maria de UPATEGUY, Fermin Ignacio BAUNzA, Raymundo ETENHARD y SALINAs, Manuel RoMERo, Francisco AMoRos, Zenon ALoNzo, Luis MELENDEz, Francisco ANGULo, Roque NovELLA, Eugenio de SAMPELAYo, Manuel Garcia de la PRADA, Juan SoLER, Gabriel Benito de ORBEGozo, Pedro de IsLA, Francisco Antonio de ECHAGÛE, Pedro CEVALLos, le duc de l'INFANTADo, Josef Gomez HERMosILLA, Vicente ALCALA GALIANo, Miguel Ricardo de ALAVA, Cristobal de GóNGoRA, Pablo ARRIBAs, Josef GARRIGA, Mariano AGUSTIN, l'amiral marquis de ARIzA y EsTEPA, le comte de CASTELFLoRIDo, le comte de NoBLEJAs, maréchal de Castille, Joaquin Xavier URIz, Luis Marcelino PEREYRA, Ignacio MUsQUIz, Vicente GoNzALEz DE ARNAo, Miguel Ignacio de la MADRID, le marquis de ESPEJA, Juan Antonio LLoRENTE, Julian de FUENTES, Mateo de NoRzAGARAY , Josef ODOARDo y GRANDPE, Antonio SoTo, prémontré, Juan Nepomuceno de RosALEs, le marquis de CAsACALvo, le comte de ToRRE-MUsQUIz, le marquis de las HoRMAzAs, Fernando Calixto NUNEz, Clemente Antonio PIsADoR, D. Pedro LARRIvA ToRRES, Antonio SAvINoN, José Maria TINEo, Juan MAURI.

C'est ici que nous devons rapporter le seul traité qui ait été conclu par Joseph, pendant son règne disputé; il fut signé à Bayonne, le 5 juillet 1808, par M. de Champagny et le duc de Gallo. En voici le texte, que nous avons fait traduire de l'espagnol : Napoléon, par la grâce de Dieu et de la Constitution, empereur des Français, roi d'Italie, protecteur de la confédération du Rhin, ayant vu et examiné le traité conclu, et signé à Bayonne, le 5 juillet 1808, par M. de Champagny, notre ministre des Affaires Étrangères, grand cordon de la Légion d'honneur, etc., en vertu des pleins pouvoirs que nous lui avions donnés à cet effet, avec le marquis de Gallo, ministre des Affaires Étrangères de S. M. le roi de Naples et de Sicile, chevalier de l'Ordre de la Toison-d'Or, etc., également muni de pleins pouvoirs, et dont la teneur suit : « S. M. l'empereur des Français, roi d'Italie, protecteur de la confédération du Rhin, voulant donner à son auguste frère, S. M. Joseph Bonaparte, roi de Naples et de Sicile, prince français et grand-électeur de l'Empire, une nouvelle preuve de confiance et d'affection fraternelle, et devant s'entendre avec lui à l'égard des arrangements dont dépendent la tranquillité et prospérité du midi de l'Europe, ainsi que l'intérêt " NAPoLÉoN, dans son entretien avec le conseiller d'État EscoIQUIz, disait « quand je devrais sacrifier deux cent mille hommes, je n'en parviendrai pas moins à mes fins; et je suis bien éloigné de croire que la conquête d'Espagne puisse coûter autant. » Dans ce froid calcul des probabilités, NAPoLÉoN se trompait d'un tiers : ce sont trois cent mille Français ou alliés qui ont été immolés dans la Péninsule. Voilà ce qu0 coûta le Midi à NAPoLÉoN; nous verrons bientôt ce que lui coûtera le

Nord. — Quel holocauste à l'ambition d'un seul ! O divin créateur ! O sainte humanité !

de la France, Leurs Majestés ont nommé pour leurs plénipotentiaires respectifs, savoir : « S. M. l'empereur des Français, roi d'Italie, protecteur de la confédération du Rhin, Son Excellence M. Nompère de Champagny, grand cordon de la Légion d'honneur, commandeur de l'Ordre de la couronne de fer, grand'croix de l'Ordre de Saint-Joseph de Wurtzbourg et de la Fidélité de Bade, son ministre des Affaires Étrangères; « Et S. M. le roi de Naples et de Sicile, S. E. M. Martin Mastrilli, marquis de Gallo, des ducs de Marigliano, membre de son Conseil d'État et son ministre des Affaires Étrangères, chevalier de l'Ordre de la Toison-d'Or, grand dignitaire de l'Ordre des Deux-Siciles et de la Couronne de fer; « Lesquels, après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs, sont convenus des articles suivants : « Art. 1". S. M. l'empereur des Français cède à S. M. le roi de Naples et de Sicile les droits à la couronne d'Espagne et des Indes qu'il a acquis en vertu de la cession qui lui a été faite par le roi Charles IV, et à laquelle ont adhéré le prince des Asturies, et les princes infants d'Espagne. « S. M. le roi Joseph Bonaparte en jouira perpétuellement lui et ses successeurs mâles par droit de primogéniture, et avec exclusion perpétuelle des femmes et de leur descendance, conformément aux constitutions de l'Espagne qui seront déterminées plus tard. « Art. 2. A défaut de descendance masculine, naturelle et légitime de S. M. le roi Joseph Bonaparte, la couronne d'Espagne et des Indes retournera à S. M. l'empereur et à ses héritiers et descendants mâles, naturels et légitimes ou adoptifs. « A défaut de descendants mâles, naturels et légitimes ou adoptifs de S. M. l'empereur, la couronne

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