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journées les plus terribles ), prononce sur la tombe de Loustalot ces paroles menaçantes :

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« Malheureux ami de la Constitution, va dans l'autre monde, puisque telle est ta destinée ! C'est la douleur du massacre de tant de nos frères à Nancy qui a causé ta mort... Va leur dire qu'au seul nom de Bouillé le patriotisme frémit ! Dis-leur que chez un Peuple libre rien ne reste impuni... Dis-leur que tôt ou tard ils seront vengés!! »

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Mais, nous l'avouerons encore, nous n'avons pu lire sans une profonde émotion le discours d'un autre orateur; et nous ne pouvons résister au désir de le transcrire ici comme un des morceaux qui nous ont le plus frappé par l'éloquence, le sentiment, et la hauteur des vues politiques.

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« Est-il un seul vrai patriote, un seul bon citoyen , un seul honnête homme, qui n'ait élevé la voix contre ces scènes d'horreur ? Mais quoi! l'Assemblée nationale, le Monarque, Lafayette, couverts du sang des amis de la liberté !... Affreuse image, elle me poursuit sans cesse et me glace d'effroi !... A combien de cours sensibles elle a été funeste! Loustalot n'est plus ! C'est elle qui a porté le trouble dans son imagination, jeté le désordre dans ses frèles organes, et qui vient de trancher, à la fleur des ans, le fil de ses jours !... Loustalot n'est plus !... Fidèle défenseur de la Patrie, il lui consacra ses premières armes presqu'à l'époque de la Révolution : dès-lors il combattit toujours pour elle ; il combattit avec succès. Son cour ne connut point les transports du patriotisme ; mais il brûlait doucement les feux du civisme le plus pur ; et s'il ne fit jamais d'enthousiastes à la liberté, il lui faisait des amis chaque jour. Trop peu versé dans la politique pour pénétrer d'un seul coup-d'æil les noirs complots de nos ennemis, moins encore pour sentir la nécessité de soulever contre eux l'opinion publique, et pour connaître le magique pouvoir d'un affreux scandale, jamais il ne porta l'épouvante dans leur sein; jamais il ne les força de suspendre ou d'abandonner un projet sinistre ; jamais il ne les provoqua à des actes impuissants de fureur ; jamais il ne les poussa à se perdre par de vains attentats; jamais il ne les entraîna dans le précipice en attirant sur lui un bruyant orage : mais il saisissait avec art, l’un après l'autre , les fils d'une trame odieuse ;

T. 1.

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Pour terminer sur cette déplorable affaire de Nancy, di-
sons tout de suite que l'opinion deviendra unanime contre
le massacre; que l'un des patriotes les plus persécutés
(Mollevaut) sera élu Maire en novembre; et que, par un dé-
cret du 8 décembre, l'Assemblée Nationale proclamera pour
ainsi dire l'innocence des soldats et des citoyens, en ordon-
nant, sur le rapport de deux Commissaires et des trois
Comités, la mise en liberté de tous les individus arrêtés.

Du reste, comme il faut que toutes les opinions soient
connues, voici le jugement de M. Thiers sur Bouillé et sur
le massacre:

« Cette victoire répandit une joie générale , et calma les craintes
qu'on avait conçues pour la tranquillité du royaume. Bouillé reçut du
Roi et de l'Assemblée des félicitations et des éloges. Plus tard on le
CALOMNIA et on accusa sa conduite de cruauté. Cependant elle était
IRRÉPROCHABLE , et dans le moment elle fut applaudie comme telle...
Bouillé était plein d'honneur, dit ailleurs M. Thiers ; son serment
prêté, il ne songea plus qu'à servir le Roi et la Constitution. »

Et plus tard ( tome II, page 334), on verra Bouillé se
démasquer et trahir ouvertement en déclarant la guerre à
la Constitution, à l'Assemblée nationale et à la France
elle-même!

FIN DU TOME PREMIER.

« EelmineJätka »