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PREMIÈRE PÉRIODE

ου HISTOIRE DES TRAITÉS DE WESTPHALIE , DES PYRÉNÉES, DE BRÉDA, DE LISBONNE

ET DE LA HAYE.

1648-1669.

CHAPITRE PREMIER.

TROUBLES DE RELIGION EN ALLEMAGNE ET TRAITÉ DE PAIX

DE WESTPHALIE.

SECTION PREMIÈRE.

« Amis et ennemis ont attribué la Réforme à de tout autres causes que la véritable, l'aspiration de l'esprit humain vers la liberté de la pensée. »

TROUBLES DE RELIGION EN ALLEMAGNE, ANTÉRIEURS A LA GUERRE

DE TRENTE ANS.

Exposition. - Guerre de Smalkalde. - Guerre de Maurice. - Transaction

de Passau. — Paix de religion. — Troubles intermédiaires. — Union des protestants. — Ligue des catholiques.

Un fidèle historien a su résumer en quelques lignes qui méritent d'être recueillies, une complète exposition du sujet de ce premier tableau. L'Allemagne, dit-il, jouissait d'une profonde paix par la subordination de tous les membres qui composent ce grand Empire, lorsqu'une fatale dispute de religion en bannit peut-être pour jamais cette union parfaite qui assure le repos des peuples. La dissension, comme un souffle rapide, passa des écoles dans les cours des souverains. Plusieurs princes, que des exactions attribuées à la cour de Rome irritaient depuis longtemps contre les papes, saisirent avec ardeur l'occasion qu'on leur présenta de secouer le joug de l'Église romaine. Luther leur mit lui-même les armes à la main pour envahir le patrimoine de l'Église. Rien ne put arrêter les progrès du désordre après qu'on en eut négligé les commencements. L'intérêt, l'ambition, l'envie, l'amour même et la haine, toutes les passions déguisées sous les apparences du zèle, devinrent tour à tour les ressorts de ces grands mouvements. Tout le corps germanique se partagea en plusieurs factions opposées qui conspirèrent à se détruire. L'Allemagne devint ainsi le théâtre d'une guerre funeste dont tout l'Empire fut ébranlé, et qui le mit plus d'une fois en danger d'être enseveli sous ses propres ruines.

L'agitation de l'Allemagne se communiqua à tous les États qui l'environnent. De ce centre de l'Europe le feu de la guerre pénétra jusqu'aux extrémités. L'on vit en un même temps toutes les puissances armées pour se secourir ou pour se détruire mutuellement. Dès lors, les peuples les plus éloignés se trouvèrent exposés à toutes les horreurs de la guerre. Les traités mêmes et les négociations qui se faisaient entre les princes, loin de ralentir l'animosité des partis, semblèrent n'avoir pour but que d'entretenir la discorde. Toute l'Europe fut abreuvée de sang; et ce ne fut qu'après qu'elle eut été entièrement épuisée de forces que le traité de Munster ramena enfin, du moins en partie, le calme et la paix.

Le luthéranisme, après de faibles succès dans sa naissance, fit des progrès si rapides en Allemagne et dans les royaumes du Nord, qu'on le vit en peu de

temps former un parti considérable. Il n'y avait encore que peu d'années que Luther avait publié sa doctrine, et déjà il comptait au nombre de ses prosélites des rois, des princes et des nations entières. Les peuples qui se voyaient opprimés par leurs souverains, et les souverains qui se sentaient mal affermis sur leur trône, appuyèrent la doctrine nouvelle, afin d'y trouver eux-mêmes un appui. Gustave Wasa, ayant enlevé la couronne à Christian II, tandis que Frédéric Jer, duc de Holstein, s'emparait des royaumes de Danemark et de Norvége, ces deux princes crurent ne pouvoir mieux assurer leur domination qu'en obligeant leurs sujets à changer de religion , en même temps qu'ils changeaient de maître. La doctrine pénétra dans la Livonie et dans la Prusse, sous les auspices d'Albert de Brandebourg, grand-maître de l'Ordre Teutonique. Frédéric, électeur de Saxe, et Philippe, landgrave de Hesse-Cassel, la répandirent dans leurs États. Plusieurs villes impériales et une partie des cantons suisses la reçurent avec empressement. Enfin les ducs de Poméranie, de Lunebourg, de Mecklenbourg, les princes d'Anhalt et plusieurs autres fortifièrent tellement le parti, qu'on commença dès lors à pressentir l'orage qui éclata dans la suite.

On peut donc avancer que depuis le commencement de la guerre de religion en Allemagne jusqu'à la paix de Westphalie, il n'est rien survenu de grand ou de remarquable dans la politique européenne sans que la Réformation n'y eût une part principale.

Toutes les révolutions de cette période se rattachent à la révolution religieuse, si elles n'en tirèrent pas leur origine, et tous les États ont plus ou moins éprouvé son influence directe ou indirecte.

L'usage que la maison d'Espagne fit des trésors du nouveau monde fut presque entièrement dirigé con

sar

tre les nouvelles opinions ou contre ceux qui les professaient. La réformation alluma la guerre civile, qui, sous le règne de quatre monarques, troubla la France, y appela des troupes étrangères, et en fit, pendant cinquante ans, un théâtre de crimes et de désolation. Ce fut la réformation qui fit trouver insupportable aux Hollandais le joug de l'Espagne, qui éveilla dans ce peuple le désir et lui inspira le courage de secouer cette domination; ce fut elle qui lui en donna les forces. Si Philippe II mit tant d'acharnement à faire du mal à l'Angleterre, ce fut pour se venger de ce qu'Élisabeth avait protégé la révolte de ses sujets protestants, et s'était mise à la tête d'un parti qu'il voulait écraser. Mais ce fut surtout en Allemagne que la réformation eut des suites importantes. La scission dans l'Église y produisit dans la politique une scission permanente, qui livra ce pays, pendant plus d'un siècle, à la confusion, mais opposa en même temps une digue à l'oppression politique. Les puissances du Nord étaient en quelque sorte étrangères à l'Europe : la réformation les fit comprendre dans le système politique général; leur accession à l'alliance protestante donna des forces à cette confédération, et cette confédération devint à son tour nécessaire à la Suède et au Danemark. Des États, qui auparavant se connaissaient à peine, trouvèrent, par la réformation, un centre commun d'activité et de politique qui forma entre eux des réunions intimes. La réformation changea les rapports des citoyens entre eux, et ceux des sujets envers leurs princes; elle changea les rapports politiques entre les Etats. Ainsi, un destin bizarre voulut que la discorde, qui déchira l'Église, produisît un lien qui unit plus fortement les États entre eux.

! Voy. SCHILLER, Histoire de la guerre de trente ans.

Néanmoins, le premier effet de cette liaison politique fut une guerre de trente ans, laquelle dépeupla les pays qui s'étendent depuis l'intérieur de la Bohême jusqu'à l'embouchure de l'Escaut, depuis les rives du Pô jusqu'aux côtes de la mer Baltique. Toutes ces contrées, jadis florissantes, se couvrirent de ruines et de décombres; le germe de la civilisation, qui commençait à s'y développer, fut arraché, et les meurs furent replongées dans la barbarie. Cependant l'Europe sortit, libre et indépendante, de cette lutte san- en glante; et le système fédératif, qui s'était formé pendant sa durée, fut aussi la cause qui amena la paix par laquelle elle se termina.

La religion opéra cette grande révolution ; mais elle fut plutôt le prétexte que le motif réel des entreprises from qui s'exécutèrent. Si l'intérêt privé des princes ou des États ne s'y fût promptement joint, jamais la voix des peuples, qui demandait la réforme, n'aurait trouvé si facilement accès auprès des souverains. Sans doute la réformation doit son origine à l'enthousiasme de ceux qui, se croyant appelés à corriger les meurs du clergé, finirent par renverser l'édifice sur lequel se fondait la puissance sacerdotale ; mais les nouveaux principes trouvèrent des protecteurs dans les princes qui y voyaient un moyen de se délivrer à la fois de l'influence d'un clergé riche et puissant, et d'enrichir l'État de ses dépouilles. Ce n'est pas qu'en général les princes d'Empire qui embrassèrent le protestantisme se soient emparés, pour leur propre avantage, des biens ecclésiastiques; ce reproche, qui leur a été fait trop généralement par l'ignorance et la prévention, peut tomber sur quelques-uns d'entre eux; mais l'existence des universités et des autres établissements d'instruction publique et de bienfaisance, qui ont été dotés par les biens sécularisés, le réfute assez positi

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